Nouer pour dénouer

Dimanche 11 février 2018
Annick Simon (Psychologue)
Pour une Session de Bioéthique

« Nouer, pour dénouer »

Autrement dit : quelle relation nouer avec celui dont je m’approche ? Puis, comment celle-ci parviendra-t-elle à dénouer sa souffrance, pour l’enrichir d’un sens nouveau ?Quelle place donner à la relation dans le soin ?

Comment celle-ci peut-elle se faire soignante face à la souffrance (du corps, de l’âme, de la pensée), et surtout comment peut-elle favoriser que cette souffrance prenne un sens ?

Me voici un peu intimidée de me trouver parmi vous, parce que, en vérité, ce (ceux) que je connais le mieux, ce sont les bébés.
Mais, au fond, ça tombe plutôt bien, parce que bébé, nous l’avons été, vous et moi et, en dépit de notre éducation, de nos études, de nos choix de vie, ce bébé-là est resté au fond de chacun de nous. Et, tenez, c’est à lui que je vais m’adresser ce matin ; alors, s’il vous plait, aidez-le à remonter en vous. Rendez-lui sa juste place !

Pendant vingt ans, j’ai eu le privilège d’être celle qui venait accueillir les bébés d’un service de Néonat. Les bébés d’abord ; leurs parents ensuite.
Un soir, au fond du service, j’ai découvert un bébé qui pleurait en silence ; je crois que c’est une des scènes les plus douloureuses qu’il m’ait été donné de vivre au cours de ces années.
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groupe d’entraide pour personnes endeuillées

Préparation du futur groupe d’entraide pour personnes endeuillées : Entretiens préalables en cours sur rendez-vous :

Groupe d’entraide pour personnes endeuillées (voir flyer)

POURTANT LA VIE organise et anime un groupe d’entraide pour personnes endeuillées depuis 4 ans et prépare actuellement le prochain groupe.

Avant l’entrée dans le groupe un ou deux entretiens individuels gratuits et sans engagement sont proposés à la personne endeuillée pour voir avec elle l’opportunité d’intégrer ou non un groupe d’entraide.

Le groupe (maximum 12 personnes) est animé par 2 bénévoles formées par la Fédération Européenne Vivre son Deuil. Il se réunit une fois par mois, 10 mois/ an.

Notre association loi 1901 est sans but lucratif et les séances de groupe sont gratuites, nous demandons une participation symbolique pour marquer l’engagement dans le groupe et pour couvrir les frais de formation et supervision : une adhésion à l’association (15€) plus une participation forfaitaire de 10€ à l’entrée dans le groupe. Soit un coût unique de 25€ pour l’année.

Les rendez-vous pour entretiens sont pris auprès des animatrices par téléphone : 07 81 74 55 10

Informations par téléphone ou mail : pourtantlavie@gmail.com

Café mortel pour la première fois à Roanne

Le jeudi 31 mai 2018 à 19h
« Café mortel »
Pour la première fois
À Roanne

Un café mortel ?

Un « Café mortel » ?

C’est un concept imaginé par le sociologue et anthropologue suisse
Bernard Crettaz.

On se réunit et on échange…. sur la mort.
Parlent ceux qui en ont envie.
Se taisent ceux qui préfèrent.
Et tous s’écoutent…

Un café mortel ?

C’est un espace de partage avec tout le respect pour les expériences des autres…. Chacun peut s’y exprimer, être écouté sans aucun jugement, sans commentaire. Peuvent prendre la parole ceux qui ont l’envie, le besoin ou le désir de partager leurs expériences, douloureuses ou extraordinaires de la mort ou du deuil.
« Dans cette communauté provisoire, on peut tout ou ne rien dire ; on ne juge jamais ; on ne donne pas le moindre conseil. Ici, on n’est obligé à rien et c’est pour cela qu’on peut beaucoup se permettre y compris d’immenses éclats de rire comme dans les repas d’enterrements ou les fêtes mortuaires. »

« Cafés mortels : Sortir la mort du silence » B.Crettaz

19h Accueil. Puis 1h30 d’échanges autour d’un verre, avec deux animateurs qui jouent le rôle de « passeurs ».
Le groupe partage aussi une délicieuse collation très conviviale !

10€ tout compris avec boisson, plat chaud salé et dessert

Inscription préalable obligatoire par mail
auprès de l’association organisatrice :
Pourtant la vie : pourtantlavie@gmail.com
Site : www.pourtantlavie.org
Page FB : www.facebook.com/pourtantlavie
Flyer café mortel

Les masques de la mort : carnaval, procession ou passage ?

Les masques de la mort : carnaval, procession ou passage ? Regard anthropologique sur les visages de la mort, ici ou là, hier et aujourd’hui.

Myriam Legenne – médecin EMSP Hôpital de la Croix Rousse Lyon

Récemment, j’accompagnais un homme amené quelques instant auparavant par le SAMU pour une hémorragie sévère. Après avoir échangé quelques mots avec lui, m’enquérant de savoir s’il comprenait ce qui lui arrivait, s’il avait mal, s’il était gêné pour respirer et s’il était inquiet, après avoir répondu à ses questions, voilà que la vie s’est mise à quitter Monsieur Jean alors qu’il avait les yeux grand ouverts. La mort l’a pris, sans lui demander son avis.

Et nous, soignants, faisant le mieux que nous pouvons faire, nous voici mis devant l’évidence : la mort nous échappe, tout comme la vie d’ailleurs qui garde sa part de mystères … L’instant de la mort file de nos doigts depuis des milliers d’années. Mais depuis des milliers d‘années, l’être humain a su l’entourer, l’habiller, le rendre plus compréhensible. Éventuellement plus acceptable. Pour quelle finalité ? Chercher, mettre du sens là où se vit l’absurdité, la brutalité, et symboliser l’expérience pour être libéré du traumatisme qu’est la mort.

L’anthropologie culturelle et notamment l’ethnographie nous ont appris énormément sur les rites funéraires, aussi divers qu’il existe de cultures de par le monde. Rien n’est alors moins fascinant que de découvrir et de comprendre une telle expérience, tel des enfants tombant sur une clairière remplie d’inattendus et de mystères. Le rite en effet, a quelque chose de secret qui ne se dévoile qu’à ceux qui le vivent, révélant alors soudain ce dont les « anciens » parlent en silence. Tel que le définit Arnold Van Gennep, ce moment si particulier a une fonction éminemment symbolique en accompagnant la transition d’une étape de vie à une autre, mais il vise aussi à garantir l’unité sociale du groupe qui le pratique. Étudier les rites comme le fait l’anthropologie nous enseigne sur la façon dont les êtres humains accompagnent depuis des millénaires les leurs dans le cycle de la vie et sur la façon dont celle ci est rythmée. Après la naissance, le baptême, la circoncision, puis les rites initiatiques à l’adolescence, le mariage … enfin la mort. L.V. Thomas, un anthropologue français, s’est attaché à en décrire non pas les causes mais la façon qu’a un groupe social d’accompagner avant, pendant et après la mort l’un des siens. Nous regarderons ici quelques éléments de ce qui fait le propre d’un rite avant de s’approcher plus particulièrement de quelques masques de la mort ou comment une communauté de vivants, dans un lieu et un espace donnés, accompagnent un membre de leur groupe au moment de ce passage. Enfin, nous nous questionnerons sur l’aujourd’hui de la ritualisation de la mort en France, oscillant selon les anthropologues entre la disparition du rituel et la création de nouveaux rites. Nous tenterons d’extraire quelques pistes de réflexion pour comprendre et ainsi mieux accompagner …
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De quoi notre regard sur la mort est-il le nom ?

Julie Henry, Maître de conférences en philosophie et éthique – ENS de Lyon

Ce qu’implique envisager la fin de vie depuis la mort
L’idée forte et originale à partir de laquelle cette journée interprofessionnelle nous propose de nous mettre en mouvement m’a tout de suite semblé à la fois foncièrement évidente (oui, en effet, parler de la mort en fin de vie… !) et en même temps révolutionnaire (puisque, pour accompagner avec constance la vie « jusqu’au bout », on put avoir tendance à repousser au loin la mort, comme si la mettre au centre des échanges risquerait de mettre les personnes en fin de vie parmi les « déjà moins en vie »). Chiche ! Et si on parlait de la mort pour mieux accompagner la vie… ?! Et si c’était finalement un moyen au contraire de faire que le « déjà presque mort » empiète un peu moins sur le« encore en vie » ? Je m’explique : on agit souvent en fonction de ce que l’on envisage pour la suite – je choisis des études en fonction du métier que je veux exercer (d’où la difficulté d’ailleurs de se décider à la sortie de l’adolescence en raison de cette difficulté à se projeter dans une vie professionnelle à venir) ; je mets dans ma valise des vêtements en fonction du temps prévu là où je dois me rendre ; je choisis et dose un médicament en fonction de l’effet que je souhaite en obtenir, etc. En toute logique dès lors, je vais accompagner la fin de vie en fonction de la manière dont je me représente la mort. Sauf que, dans le cas de l’accompagnement, la personne qui accompagne n’est pas la même que celle qui est en fin de vie, et de là peuvent naître des malentendus … si on ne s’autorise pas à parler de la mort autrement qu’en termes techniques et/ou organisationnels, si on ne se donne pas les moyens de s’interroger ensemble sur la manière dont on se la représente.

Et il y a alors des fois où, animés des meilleurs intentions, on peut « taper à côté », pour reprendre l’expression d’un psychologue lors d’une journée organisée récemment autour de la vieillesse, et ce avec les meilleures intentions. Il citait l’exemple d’une personne âgée, résidant dans un EHPAD et n’ayant pas vu sa fille depuis de très longues années. Des soignants accompagnant cette personne âgée au quotidien et s’étant inquiétés de l’absence de liens familiaux de cette personne âgée approchant de la fin de sa vie, ont alors pris l’initiative de partir à la recherche de cette fille, de prendre contact avec elle et d’organiser une rencontre entre elle et sa mère, dans l’idée que c’était le moment où jamais de renouer ce lien, de faire que la personne âgée ne décède pas sans proche à ses côtés, de faire que la fille ne reste pas avec le regret de n’avoir pas renoué avec sa mère avant le décès de cette dernière. Oui mais … Oui, mais le lien était rompu depuis des années, mais l’enfance de cette fille avait été marquée par les placements successifs en famille d’accueil, mais ce que la personne âgée avait à dire s’adressait difficilement à une personne lui étant devenue étrangère, etc. Ce moment a finalement plus accentué le malaise et le traumatisme qu’autre chose. Il ne s’agit pas d’un jugement de ma part, entendez-moi bien : les soignants à l’origine de cette initiative ont vraiment agi avec les « meilleures intentions » … Cela aurait d’ailleurs pu fonctionner, me direz- vous ! Oui, bien sûr, et cela aurait été une magnifique histoire : on ne peut jamais prédire avec certitude la manière dont se passeront les choses. Mais plus qu’une relecture a posteriori de cette initiative, qui n’aurait pas grand sens en tant que telle, c’est ce qu’elle dit de la manière dont nous nous représentons ce que serait une « fin de vie réussie » qui m’intéresse ici, une fin de vie liée à la manière dont nous nous représentons couramment la mort dans notre société.
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L’implication personnelle du soignant dans la relation de soin.

Pour définir ce que l’on entend par l’implication du soignant, on peut dire que s’impliquer dans la relation de soin, c’est s’engager, se rendre responsable de la prise en charge de la souffrance d’un autre fragile, malade ; c’est y mettre de l’énergie, y consacrer du temps, de l’attention… de soi en fait, y mettre de soi, du sien comme on dit. Avoir foi en ce qu’on fait, travailler avec tout son coeur et pas seulement avec son savoir ou toutes ses compétences car le vivant n’est pas technique, l’humain pas mécanique, pas plus que la souffrance et la maladie. C’est du sensible, de l’émotion, du corps aussi bien sûr, mais pas seulement.
Le soignant le ressent bien, il le sait et travaille avec. Avec les émotions que lui communique le patient, avec les siennes éveillées à ce contact. Avec les deux, dans un échange toujours rempli d’émotions, de tensions, d’espoirs et de peurs.Et tant mieux. De nombreux autres chercheurs (Damasio) ont montré comment les émotions pilotent l’intelligence conceptuelle. Clairement, si l’on veut des soignants performants, qui prennent les décisions les plus intelligentes, efficaces, adaptées, il faut qu’ils se servent de leurs émotions. À l’image de tous les autres grands professionnels, artistes comme sportifs, qui ne sont capables des performances les plus extraordinaires que dans des situations où les émotions les portent.

L’empathie éprouvée pour le patient conduit le soignant sur le terrain commun de l’individualité et d’une condition humaine partagée. Il s’investit en tant qu’être humain et non pas seulement en tant que technicien de la santé en prise avec un corps malade. Une autre forme de relation se crée, qui engage le soignant au-delà de sa fonction initiale et l’expose en tant que personne.

L’empathie est une véritable source de connaissances pour les soignants, qui ne provient pas seulement de l’observation de l’autre, mais de l’observation de soi, de ce que l’on ressent, de ce que l’on éprouve face à l’autre. Nous sommes des êtres sensibles : c’est-à-dire que les émotions de l’autre provoquent en nous des émotions. Lorsque nous ressentons en lien avec une autre personne du plaisir ou de la peine, de l’enthousiasme ou du découragement, ces émotions nous donnent des informations sur nous-mêmes, aussi bien que sur la relation et sur l’autre (qu’y a-t-il qui provoque notre émotion, à ce moment-là, avec cette personne-là ?).

Le revers de cette implication est le risque lié au manque de distanciation et de fusion qui en découle. Définie autant comme un outil que comme une qualité indispensable au soignant, l’empathie, dans le sens de partage des émotions, induit cette relation de proximité émotionnelle dans une situation et un temps donné : ceux du soin. Si l’engagement du soignant est nécessaire, le contrôle de la charge émotionnelle de la relation thérapeutique lui est aussi dévolu.
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