{"id":185,"date":"2018-07-13T19:46:09","date_gmt":"2018-07-13T19:46:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/?p=185"},"modified":"2019-02-07T17:22:21","modified_gmt":"2019-02-07T17:22:21","slug":"un-magnifique-samedi-de-papillon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/index.php\/un-magnifique-samedi-de-papillon\/","title":{"rendered":"Un magnifique samedi de Papillon"},"content":{"rendered":"<table style=\"border-collapse: collapse; width: 100%;\" border=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\"><img decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-154\" src=\"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/les_nezoiles_Uonam.png\" alt=\"\" width=\"655\"><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%; text-align: left;\"><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Octobre 2016 &#8211; Un magnifique samedi de Papillon.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">La semaine pr\u00e9c\u00e9dente, j\u2019ai fait une rencontre intense et riche, au moment de rentrer dans une chambre, une jeune femme en sort. Elle me regarde longuement me sourit et fait demi-tour avec moi pour aller \u00e0 la rencontre de son mari allong\u00e9 sur le lit. Sans un mot elle me laisse aller \u00e0 sa rencontre, elle me laisse communiquer \u00e0 ma fa\u00e7on avec cet homme sans expression, sans voix, sans regard soutenu. Je sais trop bien qu\u2019il ne faut pas se fier aux apparences, que chaque bulle humaine a son propre fonctionnement, sa propre communication.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Je passe un grand moment de discussion intense avec cette jeune femme, un moment de pur bonheur malgr\u00e9 la souffrance pr\u00e9sente de voir son amour dans cet \u00e9tat. Avec lui tout n`est que douceur, fr\u00f4lement, musiques et paroles douces aux oreilles. Je sais que ceux qui sont revenus de cet \u00e9tat comatique expriment combien les bruits sont d\u00e9cupl\u00e9s \u00e0 ce moment de la vie.<\/span><br \/>\n<!--more--><br \/>\n<span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">L\u2019attente, l\u2019incertitude, le cahot qui se sont abattus sur cette famille heureuse. L\u2019amour de l\u2019un pour l\u2019autre, tout est abord\u00e9 dans une simplicit\u00e9 douce et chaleureuse. Nous sommes tous les trois connect\u00e9s dans la justesse de l\u2019humanit\u00e9 autour d&rsquo;un petit halo lumineux, un petit amas de lucioles repr\u00e9sentant la vie, l&rsquo;\u00e9nergie. Sans bla-bla inutile, sans trop, en laissant sa part aux silences, aux sanglots int\u00e9rieurs, aux sourires. Je quitte la chambre lorsqu\u2019il est temps pour moi de le faire, puis je continue mon apr\u00e8s-midi de partages, de rencontres d\u2019autres chemins de vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Une fois retourn\u00e9 dans la for\u00eat de ma vall\u00e9e, un message me parvient. Un message \u00e9tonnant, un message de la cadre de sant\u00e9 du service d&rsquo;o\u00f9 je viens. Ce message parle des enfants de ce beau couple, de leurs trois fils. On me demande de revenir, d&rsquo;aller \u00e0 la rencontre de l&rsquo;ensemble de la famille, d&rsquo;y apporter la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de mon monde, de mon regard simple sur la vie, sur la mort.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Le samedi suivant, j&rsquo;accepte donc de revenir \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Celui-ci rev\u00eat une ambiance tr\u00e8s particuli\u00e8re les week-ends. C&rsquo;est comme si tout \u00e9tait au ralenti, moi-m\u00eame, je marche au ralenti dans les couloirs, je ne rencontre personne ou presque, le temps semble passer plus lentement, presque en goutte \u00e0 goutte.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Je rencontre l&rsquo;\u00e9quipe du jour, leurs yeux p\u00e9tillent de savoir ce que je vais faire, tous adoreraient m&rsquo;accompagner en petite souris. On peut sentir la chamade danser dans chaque coeur, y compris le mien. Je partage avec eux un caf\u00e9 autour d&rsquo;une discussion l\u00e9g\u00e8re, un jour il faudra que je les fasse respirer, que je les emm\u00e8ne en voyage, car eux aussi en ont besoin, je laisse le temps \u00e0 l&rsquo;apprivoisement, c&rsquo;est important.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Je me change dans la petite pi\u00e8ce qui me sert de loge, je m&rsquo;y sens bien, comme une cabane sans fen\u00eatres, un lieu pour me mettre en condition sans bruit, sans sollicitation, je peux m\u00eame sans aucune difficult\u00e9 imaginer le lierre qui grimpe aux murs, le soleil me r\u00e9chauffer le bout du nez.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Me voil\u00e0 dans le couloir, me voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 \u00e0 frapper fr\u00e9tillement la porte de la chambre sacr\u00e9e. Je rentre sous les yeux amus\u00e9s, \u00e9carquill\u00e9s des enfants, le plus grand se laisse aller \u00e0 sourire aussi, la belle dame est heureuse de ma venue, cela parait important pour elle, comme pour moi.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Je m&rsquo;approche du lit, parle doucement \u00e0 cet homme que la vie parait avoir fig\u00e9 dans une attente de quelque chose. Je pense alors \u00e0 la belle au bois dormant et je d\u00e9pose un baiser sur son front. Les r\u00f4les sont m\u00e9lang\u00e9s, les contes sont sur terre pour d\u00e9livrer des messages aux enfants, pour que les adultes les racontent, souvent ils deviennent r\u00e9alit\u00e9s, si diff\u00e9rents de ce que vous entendez !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Je colle alors un grand papillon bleu au dessus du lit du papa et je lui dis, \u00ab\u00a0ce sera ton papillon pour le voyage\u00a0\u00bb Puis je m&rsquo;assieds par terre, nous formons un cercle, certains sur des chaises, d&rsquo;autres assis au sol. Nous formons ainsi un plan qui nous relie tous les six ensemble sans rupture visuelle, sans coupure du lien. Je leur demande leur nom \u00e0 chacun pour \u00e9couter leur musique car je sais que je ne les retiendrai pas, ainsi va le vent en mon esprit, il \u00e9gr\u00e8ne chaque nom en musique et les pose sur une port\u00e9e pour cr\u00e9er une symphonie humaine. Je leur parle d&rsquo;eux, de ce qui les traverse en ce moment exceptionnel, en ce moment de temp\u00eate de leur vie. Je sens comme la pudeur est l\u00e0, comment chacun d\u00e9livre un morceau du message d&rsquo;angoisse, de peine, de peur. Je ressens ces vibrations aux travers, celles qui pleurent au-dedans et ne laissent rien voir au dehors, celles qui d\u00e9bordent. J&rsquo;accueille tous les maux, les nuages gris et les transforme en joie avec la recette d&rsquo;Annabelle, une f\u00e9e amie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Puis je leur demande s&rsquo;ils aiment les voyages, s&rsquo;ils aimeraient partir en famille en voyage en m&rsquo;acceptant un peu avec eux ? Je serai discret. Dans un sourire timide, ils r\u00e9pondent que oui, ils en ont envie, ils en r\u00eavent en fait. Je me renseigne de savoir ce qu&rsquo;ils ont fait ensemble, ce qu&rsquo;ils ont partag\u00e9 comme beaux moments, comme vacances g\u00e9niales. La mer arrive tr\u00e8s vite, malgr\u00e9 la peur de l&rsquo;eau du papa. Moi aussi j&rsquo;ai peur de l&rsquo;eau, et pourtant elle me fascine par sa majestueuse danse qui roule en profondeur nos \u00e9motions les plus intenses.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Je leur propose alors de devenir chacun un papillon et leur offre \u00e0 chacun un beau sp\u00e9cimen color\u00e9, chacun un diff\u00e9rent. Pour moi, c&rsquo;est inutile j&rsquo;en suis d\u00e9j\u00e0 couvert, ce sont mes amis de toujours. Nous nous mettons en condition sur une petite musique douce, nous respirons profond\u00e9ment pour devenir ce papillon, pour sentir nos ailles pousser, pour quitter le poids de nos corps, atteindre la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de cet \u00eatre si fragile et si puissant aussi \u00ab\u00a0un battement d&rsquo;ailes de papillon ici, peut d\u00e9clencher un ouragan \u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Nous sommes pr\u00eats, nous sentons nos ailes nous porter, nous faisons un bout de chemin jusqu\u2019\u00e0 la gare, car pour aller \u00e0 la mer il nous faudrait beaucoup trop de temps et de fatigue. Nous prenons un train de Bourg en Bresse jusqu\u2019\u00e0 la mer, nous traversons ce que nous avons envie, nous nous laissons porter par les paysages, pos\u00e9s sur les vitres. Seules nos ailes bougent en un l\u00e9ger mouvement de va et vient, comme pour montrer aux humains du train comme nous sommes tous les six magnifiques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Puis la mer arrive, immense, belle, majestueuse. H\u00e9las, pour nos petites ailes, la moindre vague peut \u00eatre fatale et le vent souffle fort. Nous voletons ensemble et restant bien group\u00e9s, puis l&rsquo;id\u00e9e de traverser la mer nous vient, chacun donnant son avis, son envie. Nous demandons alors \u00e0 deux charmantes mouettes de nous aider \u00e0 traverser pour aller au Maroc. Nous nous installons donc et traversons cette mer si bleue aux mille reflets scintillants, presque une mer de diamants.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Dans cette travers\u00e9e, comme depuis le d\u00e9but le papa est avec nous, nous lui parlons, il nous accompagne \u00e0 grand coup d&rsquo;ailes bleues, c&rsquo;est lui qui a le plus grand papillon. Ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 pour chacun dans ce voyage au dessus des flots est personnel, chacun le vit diff\u00e9remment, le fabrique, le ressent au-dedans.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Arriv\u00e9s sur les plages marocaines, le vent souffle encore plus et le sable chaud nous complique la vie pour voler. Qu&rsquo;importe rien ne nous arr\u00eatera dans ce voyage initiatique, nous demandons donc l&rsquo;hospitalit\u00e9 \u00e0 un gentil dromadaire (ou chameau, impossible de me rappeler du nombre de bosses, rires !) Finalement ce sera une seule bosse et notre ami ne s&rsquo;est pas offusqu\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 chameau.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Nous traversons ainsi jusqu&rsquo;\u00e0 Marrakech, oui, c&rsquo;est loin de la c\u00f4te, mais notre dromadaire a des ailes, et quelles ailes ! Nous visitons, nous nous abritons du vent dans les petites ruelles ombrag\u00e9es du souk, nous su\u00e7ons le suc d&rsquo;un fond de tasse de th\u00e9 \u00e0 la menthe puis nous revenons doucement en faisant le chemin inverse, en retrouvant avec douceur nos enveloppes humaines, nos corps lourds de ce que nous sommes. Les enfants jouent de la musique et du tambour de mer \u00e0 leur papa, il y a dans l&rsquo;air comme un air de f\u00eate.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Je passe encore un petit moment avec eux en comparant cet homme pr\u00e9cieux pour tous ici comme la chrysalide d&rsquo;un magnifique papillon, un papillon en attente en fabrication lente et immobile comme le sont les milliers de cocons dans le monde en attente du grand jour, du d\u00e9ploiement de leurs ailes. Je leur dis de prendre soin de lui, comme lui prend soin d&rsquo;eux \u00e0 sa mani\u00e8re, comme il a su le faire avant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Je quitte la chambre doucement pour aller voir quelques autres personnes, mais on me rattrape, il manque la photo, puis encore la lumi\u00e8re des lucioles que leur maman leur avait racont\u00e9e. Je sens cette envie que je reste, cette envie que j&rsquo;accompagne de beau jusqu&rsquo;au bout, mais o\u00f9 et quand est le bout ? Chacun ici l&rsquo;ignore et c&rsquo;est bien ainsi. Je quitte l&rsquo;h\u00f4pital apr\u00e8s avoir partag\u00e9 avec l&rsquo;\u00e9quipe, j&rsquo;ai un rendez-vous important sur les bords d&rsquo;un lac, un rendez-vous sous la pluie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Quelques jours apr\u00e8s, le papillon est sorti de la chrysalide de cet homme en \u00e9bullition int\u00e9rieure. Il a quitt\u00e9 son enveloppe humaine pour d&rsquo;autres horizons, peut-\u00eatre le Maroc. Les siens, les enfants, cette belle grande femme amoureuse, gardent ensemble le secret d&rsquo;un certain voyage, le dernier. Ils ne regarderont plus les papillons comme avant, ils ont le r\u00eave et la beaut\u00e9 chevill\u00e9s au coeur et c&rsquo;est simplement doux et juste pour se reconstruire, pour continuer leur vie, des papillons \u00e0 leur cot\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: comic sans ms, sans-serif;\">Uonam, souffleur de r\u00eaves 25\/11\/2016<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Octobre 2016 &#8211; Un magnifique samedi de Papillon. La semaine pr\u00e9c\u00e9dente, j\u2019ai fait une rencontre intense et riche, au moment de rentrer dans une chambre, une jeune femme en sort. 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