{"id":172,"date":"2017-10-05T17:58:00","date_gmt":"2017-10-05T17:58:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/?p=172"},"modified":"2018-08-02T11:03:21","modified_gmt":"2018-08-02T11:03:21","slug":"les-masques-de-la-mort-carnaval-procession-ou-passage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/index.php\/les-masques-de-la-mort-carnaval-procession-ou-passage\/","title":{"rendered":"Les masques de la mort : carnaval, procession ou passage ?"},"content":{"rendered":"<table style=\"broder: 0px; width: 100%;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"text-align: left;\"><strong>Les masques de la mort : carnaval, procession ou passage ? Regard anthropologique sur les visages de la mort, ici ou l\u00e0, hier et aujourd\u2019hui.<\/strong><\/p>\n<p>Myriam Legenne &#8211; m\u00e9decin EMSP H\u00f4pital de la Croix Rousse Lyon<\/p>\n<p>R\u00e9cemment, j&rsquo;accompagnais un homme amen\u00e9 quelques instant auparavant par le SAMU pour une h\u00e9morragie s\u00e9v\u00e8re. Apr\u00e8s avoir \u00e9chang\u00e9 quelques mots avec lui, m&rsquo;enqu\u00e9rant de savoir s&rsquo;il comprenait ce qui lui arrivait, s&rsquo;il avait mal, s&rsquo;il \u00e9tait g\u00ean\u00e9 pour respirer et s&rsquo;il \u00e9tait inquiet, apr\u00e8s avoir r\u00e9pondu \u00e0 ses questions, voil\u00e0 que la vie s&rsquo;est mise \u00e0 quitter Monsieur Jean alors qu\u2019il avait les yeux grand ouverts. La mort l&rsquo;a pris, sans lui demander son avis.<\/p>\n<p>Et nous, soignants, faisant le mieux que nous pouvons faire, nous voici mis devant l&rsquo;\u00e9vidence : la mort nous \u00e9chappe, tout comme la vie d&rsquo;ailleurs qui garde sa part de myst\u00e8res &#8230; L&rsquo;instant de la mort file de nos doigts depuis des milliers d&rsquo;ann\u00e9es. Mais depuis des milliers d\u2018ann\u00e9es, l&rsquo;\u00eatre humain a su l&rsquo;entourer, l&rsquo;habiller, le rendre plus compr\u00e9hensible. \u00c9ventuellement plus acceptable. Pour quelle finalit\u00e9 ? Chercher, mettre du sens l\u00e0 o\u00f9 se vit l&rsquo;absurdit\u00e9, la brutalit\u00e9, et symboliser l&rsquo;exp\u00e9rience pour \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 du traumatisme qu&rsquo;est la mort.<\/p>\n<p>L&rsquo;anthropologie culturelle et notamment l\u2019ethnographie nous ont appris \u00e9norm\u00e9ment sur les rites fun\u00e9raires, aussi divers qu\u2019il existe de cultures de par le monde. Rien n\u2019est alors moins fascinant que de d\u00e9couvrir et de comprendre une telle exp\u00e9rience, tel des enfants tombant sur une clairi\u00e8re remplie d&rsquo;inattendus et de myst\u00e8res. Le rite en effet, a quelque chose de secret qui ne se d\u00e9voile qu&rsquo;\u00e0 ceux qui le vivent, r\u00e9v\u00e9lant alors soudain ce dont les \u00ab\u00a0anciens\u00a0\u00bb parlent en silence. Tel que le d\u00e9finit Arnold Van Gennep, ce moment si particulier a une fonction \u00e9minemment symbolique en accompagnant la transition d\u2019une \u00e9tape de vie \u00e0 une autre, mais il vise aussi \u00e0 garantir l\u2019unit\u00e9 sociale du groupe qui le pratique. \u00c9tudier les rites comme le fait l&rsquo;anthropologie nous enseigne sur la fa\u00e7on dont les \u00eatres humains accompagnent depuis des mill\u00e9naires les leurs dans le cycle de la vie et sur la fa\u00e7on dont celle ci est rythm\u00e9e. Apr\u00e8s la naissance, le bapt\u00eame, la circoncision, puis les rites initiatiques \u00e0 l\u2019adolescence, le mariage \u2026 enfin la mort. L.V. Thomas, un anthropologue fran\u00e7ais, s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 en d\u00e9crire non pas les causes mais la fa\u00e7on qu\u2019a un groupe social d\u2019accompagner avant, pendant et apr\u00e8s la mort l\u2019un des siens. Nous regarderons ici quelques \u00e9l\u00e9ments de ce qui fait le propre d&rsquo;un rite avant de s&rsquo;approcher plus particuli\u00e8rement de quelques masques de la mort ou comment une communaut\u00e9 de vivants, dans un lieu et un espace donn\u00e9s, accompagnent un membre de leur groupe au moment de ce passage. Enfin, nous nous questionnerons sur l\u2019aujourd\u2019hui de la ritualisation de la mort en France, oscillant selon les anthropologues entre la disparition du rituel et la cr\u00e9ation de nouveaux rites. Nous tenterons d\u2019extraire quelques pistes de r\u00e9flexion pour comprendre et ainsi mieux accompagner \u2026<br \/>\n<!--more--><br \/>\nComprendre la signification des gestes pos\u00e9s, des paroles prononc\u00e9es, des odeurs diffus\u00e9es, de l\u2019ultime toucher, des images grav\u00e9es. Regarder, c\u2019est-\u00e0-dire garder \u00e0 nouveau &#8230; ou garder en m\u00e9moire une nouvelle trace de celui-l\u00e0 qui s\u2019en est all\u00e9 puisque plus jamais on ne le verra. Eric Fiat nous pr\u00e9vient de l&rsquo;enjeu : \u00ab\u00a0Accompagner le mourant, c&rsquo;est se faire son t\u00e9moin. Je me porte alors garant de son humanit\u00e9. Quand la mort l&rsquo;aura pris, lui aura clou\u00e9 le bec, aura transform\u00e9 son visage expressif de l&rsquo;homme de parole en masque inexpressif, quand il ne pourra plus r\u00e9pondre, ne sera-ce pas \u00e0 moi de r\u00e9pondre pour lui ?\u00a0\u00bb (Fiat, 2014, Fins de vie, \u00e9thique et soci\u00e9t\u00e9). Et puisque \u00a0\u00bb le vrai tombeau des morts, c&rsquo;est le c\u0153ur des vivants \u00bb nous dit Jean Cocteau, n&rsquo;est-ce pas en effet dans ce lieu profond de nos c\u0153urs que se dessine la plus grande trace laiss\u00e9e par ceux que nous avons accompagn\u00e9s? Une trace faite parfois d&rsquo;\u00e9pines, mais aussi de joies et de chagrins partag\u00e9s. Myst\u00e8re de ce qui, \u00e0 l&rsquo;issue de la perte d&rsquo;un \u00eatre qui nous \u00e9tait li\u00e9, s&rsquo;ouvre ou se d\u00e9couvre, inattendu.<\/p>\n<p><strong>A. Le rite : d\u00e9roulement, fonction, permanence<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">1. La mort et sa port\u00e9e anthropologique : moins rupture que processus<\/span><\/p>\n<p>Les rites donnent aux hommes de quoi passer d\u2019un lieu \u00e0 l\u2019autre, d&rsquo;un temps \u00e0 un autre, d\u2019une \u00e9tape \u00e0 une autre de leur vie et de la vie de leur groupe, en assurant la permanence de celle-ci, jusque dans la place faite \u00e0 la mort.<br \/>\nMais qu\u2019est-ce que la mort ? Saisie en termes anthropologiques, elle est moins le surgissement stricto sensu d\u2019un fait qui marque la fin d\u00e9finitive de l\u2019existence d\u2019un sujet particulier, qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement s\u2019inscrivant dans un processus social et symbolique plus large. Dans cette optique, la mort est une \u00e9tape, un passage parmi d\u2019autres que les individus vont essayer de signifier collectivement afin de lui donner un sens. Elle est universelle, unique, quotidienne, tout en faisant l\u2019objet d\u2019interpr\u00e9tations culturelles plurielles et contextuelles.<br \/>\nA. Van Gennep a explicit\u00e9 les diff\u00e9rentes sortes de rites :<\/p>\n<p>&#8211; Les \u00ab rites de passage \u00bb marquent une \u00e9tape dans la vie d&rsquo;un individu. Ils structurent sa vie en \u00e9tapes pr\u00e9cises et permettent une perception apaisante de l&rsquo;individu par rapport \u00e0 sa temporalit\u00e9 et \u00e0 sa mortalit\u00e9, et pour la relation entre l&rsquo;individu et le groupe. Ils sont \u00e9galement fondamentaux dans la construction du groupe social et dans sa coh\u00e9sion.<\/p>\n<p>&#8211; Les rites d&rsquo;initiation sont un rite de passage particulier, qui marque l&rsquo;incorporation d&rsquo;un individu dans un groupe social ou religieux. Ce qui s&rsquo;y vit est comme un redoublement de ces grands passages pour l\u2019Homme que sont la naissance et la mort.<\/p>\n<p>Le \u00ab rite de passage \u00bb se distingue du \u00ab rite initiatique \u00bb en cela qu&rsquo;il marque une \u00e9tape dans la vie d&rsquo;un individu, tandis que le rite d&rsquo;initiation marque l&rsquo;incorporation d&rsquo;un individu dans un groupe social ou religieux. Le rite d\u2019initiation est une variable sp\u00e9cifique du rite de passage.<\/p>\n<p>En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, ils se plient aux trois modalit\u00e9s \u00e9nonc\u00e9es par Arnold Van Gennep : la s\u00e9paration (mort sociale et symbolique), la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart ou la \u00ab liminarit\u00e9 \u00bb (gestation symbolique avec nouveaux apprentissages) puis l\u2019agr\u00e9gation (naissance symbolique o\u00f9 il est consid\u00e9r\u00e9 comme un nouveau n\u00e9).<br \/>\nToujours pour Van Gennep, le fil de la vie est fait de seuils, de coupures socialement et culturellement d\u00e9finis, que le rite a pour fonction d\u2019accompagner, de souligner et de l\u00e9gitimer.<\/p>\n<p>\u00ab Les entit\u00e9s liminaires ne sont ni ici ni l\u00e0 ; elles sont dans l&rsquo;entre deux, entre les positions assign\u00e9es et ordonn\u00e9es par la loi, la coutume, la convention et le c\u00e9r\u00e9monial. [&#8230;] On peut repr\u00e9senter les personnes liminaires (\u2018les personnes du seuil\u2019), telles des n\u00e9ophytes dans les rites d&rsquo;initiation ou de pubert\u00e9, comme ne poss\u00e9dant rien. \u00bb (p. 96). \u201cLe ph\u00e9nom\u00e8ne rituel. Structure et contre-structure\u201d, V Turner, PUF, Paris 1990.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;advenue de la mort d&rsquo;une personne, r\u00e9elle et non symbolique, nos anc\u00eatres avaient leur rite dont nous avons quelques restes :<br \/>\n&#8211; <strong>s\u00e9paration<\/strong> : le d\u00e9c\u00e8s<br \/>\n&#8211; le rite de la v\u00e9rification du d\u00e9c\u00e8s et de l&rsquo;annonce du d\u00e9c\u00e8s (\u00ab clochetteur \u00bb en campagne ou campanier, crieur des morts en ville au Moyen \u00c2ge)<\/p>\n<p>&#8211; <strong>liminarit\u00e9<\/strong> avec l&rsquo;exposition du d\u00e9funt, la veill\u00e9e fun\u00e8bre, le convoi fun\u00e9raire, la messes des morts, l&rsquo;inhumation ou cr\u00e9mation<\/p>\n<p>&#8211; puis <strong>l&rsquo;agr\u00e9gation<\/strong> (repas de fun\u00e9railles, comm\u00e9morations) apr\u00e8s une p\u00e9riode de deuil plus ou moins longue selon les \u00e9poques et les appartenances religieuses.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">2. La n\u00e9cessit\u00e9 du r\u00e9cit<\/span><\/p>\n<p>La mort, c\u2019est la fin du t\u00e9moignage comme le disait E Fiat. Le mort ne peut plus t\u00e9moigner en son nom propre. Il a besoin des vivants pour cela. La mort ne dit rien, le mort ne dira plus rien. La mort marque la fin du langage. D\u00e8s lors, c\u2019est au vivant que revient la n\u00e9cessit\u00e9 de produire des signes et du sens, l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 le corps n&rsquo;est plus visible. La mort signifi\u00e9e se trouve toujours contextualis\u00e9e et interpr\u00e9t\u00e9e culturellement. Ainsi, confront\u00e9s \u00e0 la probl\u00e9matique traumatisante de la mort et \u00e0 l\u2019angoisse qu\u2019elle s\u00e9cr\u00e8te, les vivants r\u00e9pondent par la ritualit\u00e9, par des repr\u00e9sentations autour de la mort, par des croyances sur l&rsquo;au del\u00e0 et ses \u00e9ventuelles suites.<br \/>\nLes c\u00e9r\u00e9monies qui l\u2019entourent traduiront toute la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9pondre collectivement \u00e0 l\u2019impensable qu\u2019est la mort de quelqu\u2019un et qui pare forc\u00e9ment de la n\u00f4tre \u00e0 venir. Ce traitement symbolique du mort, ancestral, exprime continuellement ce refus des hommes \u00e0 concevoir l\u2019exclusion d\u00e9finitive du d\u00e9funt. Il marque le d\u00e9sir de se pr\u00e9server de l\u2019envahissement et de la contamination des morts comme de rester en lien avec eux.<br \/>\nLa s\u00e9pulture est alors comme une trace l\u00e9gu\u00e9e, l&rsquo;h\u00e9ritage d\u2019une m\u00e9moire rendue concr\u00e8te, qui peut contrer l&rsquo;inqui\u00e9tude face \u00e0 ce qui se perp\u00e9tue ou non par del\u00e0 la mort et la disparition.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">3. L\u2019annonce d\u2019une maladie grave : rite de passage ?<\/span><\/p>\n<p>Une anthropologue Fanny Soum Poulayet envisage les soignants comme des \u00ab passeurs \u00bb qui doivent accompagner la transition et th\u00e9oriquement prot\u00e9ger la personne du danger de la d\u00e9socialisation (2007). C\u2019est ainsi qu\u2019elle compare l\u2019annonce du cancer \u00e0 un rite de passage mais probablement pouvons-nous \u00e9largir le contexte \u00e0 toute maladie incurable \u00e9volutive : la personne passe du statut de bien-portant \u00e0 celui de malade. Les soignants-passeurs \u00ab\u00a0c\u00f4toient \u00e0 la fois les bien-portants, les malades et les personnes en fin de vie\u00a0\u00bb (Soum-Poulayet, 2007). Pour de nombreux patients, la \u00ab liminarit\u00e9 \u00bb s\u2019\u00e9tire tout au long de la maladie tant ce passage est difficile \u00e0 vivre, et parfois insurmontable pour consentir \u00e0 cette nouvelle vie qui voit la mort arriver plus vite et plus r\u00e9elle. Peut-\u00eatre y\u2019a-t-il l\u00e0 en effet mati\u00e8re au rite, l\u00e0 o\u00f9 nous rencontrons et soignons d\u2019abord un \u00eatre humain qui va alors de passage en passage.<\/p>\n<p><strong>B. Ballade autour du monde : les croyances autour de la mort<\/strong><br \/>\n<span style=\"text-decoration: underline;\">1. La place de la poussi\u00e8re :<\/span><\/p>\n<p>Les cultes vou\u00e9s aux morts, les croyances, les hommages adress\u00e9s au d\u00e9funt servent les vivants en leur permettant de faire face, symboliquement et r\u00e9ellement, \u00e0 la menace sociale, psychique et biologique incarn\u00e9e par la mort. De la pr\u00e9paration du mort (r\u00e9paration physique parfois) \u00e0 son traitement de son corps (inhumation, cr\u00e9mation, abandon), puis \u00e0 travers les manifestations comm\u00e9moratives ult\u00e9rieures, tout est mis en \u0153uvre pour que le d\u00e9funt reste un \u00e9l\u00e9ment de la lign\u00e9e familiale et de la m\u00e9moire collective, tout en assurant \u00ab la paix des vivants \u00bb comme le dit LV Thomas.<\/p>\n<p>Ceux-ci int\u00e8grent l&rsquo;accompagnement de la d\u00e9pouille de la personne dans des rites leur permettant de cheminer vers la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 mais aussi d&rsquo;honorer le d\u00e9funt, tant dans son histoire, que par son corps. Celui ci est loin d&rsquo;\u00eatre anodin puisque sans vie, il va entrer en d\u00e9composition. Diff\u00e9rentes pratiques ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9es pour en tenir compte : embaumement, cr\u00e9mation, ensevelissement &#8230; Jean Philippe Pierron nous dit du cadavre, qu\u2019\u00a0\u00bbon n\u2019a plus tout \u00e0 fait un sujet, mais qu\u2019on n\u2019a pas encore vraiment un objet. \u00bb Ainsi, on observera une domestication de cette \u00ab ambigu\u00eft\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une valorisation sp\u00e9cifique accord\u00e9e \u00e0 la poussi\u00e8re \u00bb. Poussi\u00e8re qui n\u2019est ni liquide ni a\u00e9rienne ni solide \u2026 \u00ab une figure de l\u2019entre-deux (qui exprime le devenir, donne l\u2019impression d\u2019\u00eatre irr\u00e9ductible, est figure d\u2019un semblant d\u2019\u00e9ternit\u00e9).\u00a0\u00bb JP Pierron.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-154 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/eternal_diamonds_1.png\" alt=\"Diamants \u00e9ternels dans une chevali\u00e8re\" width=\"655\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-154 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/eternal_diamonds_2.png\" alt=\"Diamants \u00e9ternels pos\u00e9s sur un objet symbolique\" width=\"655\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"text-align: left;\">Eternal diamonds o\u00f9 l\u2019entre deux est fig\u00e9, et peut \u00eatre aussi assimil\u00e9 \u00e0 un objet domestique qui sera l\u00e0 un temps puis rang\u00e9 dans les cartons ?<\/p>\n<p>Maintenir un signe r\u00e9el et solide permet peut-\u00eatre de contourner l\u2019angoisse du n\u00e9ant, mena\u00e7ante, apr\u00e8s la disparition du corps aux yeux des proches. Cela fait \u00e9cho et offre une r\u00e9ponse aux croyances autour de la mort que nous allons maintenant parcourir.<\/p>\n<p>2. Croyances autour de la mort :<\/p>\n<p>&#8211; L\u2019effacement et le n\u00e9ant<br \/>\n&#8211; Le voyage vers un autre monde qui parfois est une r\u00e9plique de notre monde en positif (le jardin clos en ancien persan) ;<br \/>\n&#8211; L\u2019arriv\u00e9e dans un autre monde, le Paradis la r\u00e9surrection chez les chr\u00e9tiens, le paradis chez les musulmans : \u00ab Voici la description du Jardin promis \u00e0 ceux qui craignent Allah. Il y aura l\u00e0 des fleuves dont l&rsquo;eau est incorruptible, des fleuves de lait au go\u00fbt inalt\u00e9rable, des fleuves de vin, d\u00e9lices pour ceux qui en boivent, des fleuves de miel purifi\u00e9. Ils y trouveront aussi toutes sortes de fruits et le pardon de leur Seigneur \u00bb [Coran XLVII, 15].<br \/>\nchez les Juifs)<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-154 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/le_jardin_promis.png\" alt=\"Le jardin promis\" width=\"655\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"text-align: left;\">Dans les grandes religions :<br \/>\n&#8211; Dans le bouddhisme et l&rsquo;hindouisme, l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 est l\u2019impermanence. Il y a l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un continuum de conscience qui se poursuit d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00eatre en \u00e9tat d&rsquo;\u00eatre. Une fin consciente et sereine permet \u00e0 la personne d\u00e9c\u00e9d\u00e9e de rena\u00eetre dans une destin\u00e9e favorable. Les proches restent ainsi le plus possible aux c\u00f4t\u00e9s du mourant dans ses derniers instants de vie. Les rites de la c\u00e9r\u00e9monie fun\u00e9raire varient selon les r\u00e9gions d\u2019origine, les \u00e9coles, les traditions et les cultures.Cr\u00e9mation en France : la loi du 19\u202fd\u00e9cembre 2008 interdit de laisser l\u2019urne dans un lieu de culte (comme au cr\u00e9matorium) plus d\u2019un an\u2009: apr\u00e8s cette p\u00e9riode, une destination d\u00e9finitive doit leur \u00eatre affect\u00e9e<br \/>\n&#8211; L\u2019hindouisme n\u2019autorise th\u00e9oriquement que la cr\u00e9mation. La c\u00e9r\u00e9monie fun\u00e9raire consiste notamment en des pri\u00e8res pour la b\u00e9n\u00e9diction du corps et de l\u2019\u00e2me du d\u00e9funt.- Juda\u00efsme : apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s, une toilette rituelle est effectu\u00e9e par un groupe d\u2019hommes et de femmes pieux afin de pr\u00e9parer le d\u00e9funt \u00e0 sa rencontre avec Dieu. Soins de conservation et embaumement sont proscrits, de m\u00eame que la cr\u00e9mation. La c\u00e9r\u00e9monie fun\u00e9raire sera pr\u00e9sid\u00e9e par le rabbin, qui prononcera un \u00e9loge du d\u00e9funt, avant que des pri\u00e8res ne soient r\u00e9cit\u00e9es.- Dans l\u2019islam : la mort est consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00e9tape n\u00e9cessaire et le retour vers Dieu, exigeant acceptation et soumission. Lors de l\u2019inhumation, qui doit \u00eatre faite le plus t\u00f4t possible apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s, le d\u00e9funt est enseveli par ses proches et plac\u00e9 le visage tourn\u00e9 vers La\u202fMecque. La cr\u00e9mation est interdite.Louis Vincent Thomas a par ailleurs d\u00e9fini quatre grands mod\u00e8les o\u00f9 vivants et morts sont en lien :- La possession est un moment qui lie intimement les vivants et les morts. Les m\u00e9diums malgaches se r\u00e9f\u00e8rent ainsi aux esprits des anc\u00eatres pour conseiller les vivants. Mais cette possession choisie peut \u00eatre aussi subie : l\u2019Ekong chez les Doualas o\u00f9 un vivant ach\u00e8te une personne via un sorcier, et o\u00f9 la personne s\u2019affaiblit de plus en plus.- La r\u00e9incarnation o\u00f9 l\u2019\u00e2me du d\u00e9funt revient dans le corps d\u2019un vivant. Croyance assez courante que l\u2019on retrouve dans l\u2019ensemble de nos continents. Ex : Ashantis au Ghana, les Kikuyu au Kenya.- Culte des anc\u00eatres : Asie et Afrique. Ils sont souvent repr\u00e9sent\u00e9s par de petits autels sur lequel sont faits des offrandes. Ils apparaissent souvent comme des \u00eatres aussi familiers et rassurants qu\u2019inqui\u00e9tants et dangereux, d\u2019o\u00f9 l\u2019honneur qui leur est fait.Ex : Bamil\u00e9k\u00e9 (Ouest Cameroun), les morts ne sont pas vivants, certes, mais ils continuent d&rsquo;exister sous la forme de forces spirituelles et sont en interaction avec les vivants, sans fronti\u00e8re entre les mondes visible et invisible. L\u2019un comme l&rsquo;autre participent du monde r\u00e9el. La crainte des morts existent donc bien et c\u2019est la raison d&rsquo;\u00eatre du culte des anc\u00eatres.- Contamination : Les proches du d\u00e9funt sont particuli\u00e8rement fragilis\u00e9s. Ils deviennent de par le fait de cette proximit\u00e9 existentielle avec le mort des \u00eatres particuliers, situ\u00e9s eux aussi dans un entre-deux. Ils doivent ainsi souvent observer une p\u00e9riode plus ou moins longue d\u2019astreintes et d\u2019interdits visant \u00e0 pr\u00e9server le groupe de la contamination de la mort d\u2019un des proches. Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s ils se voient isol\u00e9s du groupe communautaire pendant une p\u00e9riode donn\u00e9e.<br \/>\nCette peur de la contamination est renforc\u00e9e par l\u2019id\u00e9e du passage. Car le mort passe lui-m\u00eame par une p\u00e9riode de transition qui transforme son corps en cadavre qui se d\u00e9compose et devient squelette. Du fait de ce passage parfois long (l\u2019\u00e2me met parfois plusieurs mois \u00e0 quitter d\u00e9finitivement le corps de la personne), les rites des vivants pour les morts prennent un sens particuli\u00e8rement fort.Ex : Le zoroastrisme est la plus ancienne religion monoth\u00e9iste encore en activit\u00e9. Cette religion \u00e2g\u00e9e d\u2019au moins trois, et peut-\u00eatre quatre mille ans, est issue du Mazd\u00e9isme (du nom du dieu Ahura Mazda). Elle a eu une grande influence sur le juda\u00efsme, et donc sur les religions qui s\u2019en consid\u00e8rent h\u00e9riti\u00e8res. Aujourd\u2019hui quasi-inexistant en Perse (Iran), o\u00f9 il est n\u00e9, le Zoroastrisme survit en Inde, notamment dans la r\u00e9gion de Bombay, o\u00f9 l\u2019on nomme ses adeptes les P\u00e2rsis. C\u2019est en Inde que les Zoroastriens peuvent continuer de pratiquer leur rite fun\u00e9raire traditionnel, qui consiste \u00e0 d\u00e9poser les cadavres des d\u00e9funts en haut d\u2019une \u00ab tour du silence \u00bb (nom r\u00e9cent, forg\u00e9 par un traducteur britannique au XIXe si\u00e8cle), o\u00f9 il est d\u00e9vor\u00e9 par des oiseaux charognards. Le but de ces fun\u00e9railles \u00ab c\u00e9lestes \u00bb est d\u2019\u00e9viter que le cadavre, qui est impur, ne souille la terre, le feu ou l\u2019eau, trois \u00e9l\u00e9ments \u00e9galement sacr\u00e9s.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-154 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/tour_du_silence.png\" alt=\"Tour du silence o\u00f9 sont plac\u00e9s les corps pour \u00eatre d\u00e9vor\u00e9s par les oiseaux charognards\" width=\"655\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-154 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/tour_du_silence_photo.png\" alt=\"Tour du silence o\u00f9 sont plac\u00e9s les corps pour \u00eatre d\u00e9vor\u00e9s par les oiseaux charognards - photo\" width=\"655\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"text-align: left;\">Au Mexique, le Dia de los Muertos (ou Jour des morts), moment extr\u00eamement festif :<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-154 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/mexique_1.png\" alt=\"Cr\u00e2nes peints pour la f\u00eate des morts au Mexique\" width=\"655\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-154 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/mexique_2.png\" alt=\"Parade et d\u00e9guisement dans la rue pour la f\u00eate des morts au Mexique\" width=\"655\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"text-align: left;\">En France, en revanche, \u00e0 la Toussaint \u2026 :<br \/>\n&#8211; Thiais, dans le Val-de-Marne, o\u00f9 l\u2019on trouve des regroupements de tombes asiatiques,<br \/>\n&#8211; Bagneux (Hauts-de-Seine), s\u00e9pultures isra\u00e9lites<br \/>\n&#8211; Montreuil, les chapelles modernes et tr\u00e8s on\u00e9reuses dans lesquelles investissent des gens du voyage.<br \/>\n&#8211; cercueils fantaisie Ghana<br \/>\nhindous : cr\u00e9mation de l&rsquo;\u00e9pouse avec le d\u00e9funt<br \/>\nboudhistes<br \/>\nLe retournement \u00e0 Madagascar\u00ab Il y a peu de cultures en dehors de la n\u00f4tre o\u00f9 l\u2019on croit que l\u2019\u00eatre humain est soit totalement vivant, soit totalement mort. Dans bien des cas, l\u2019on pense une sorte d\u2019\u00e9tat \u00ab interm\u00e9diaire \u00bb, un processus qui met en relation ces diff\u00e9rents mondes et \u00e9tats.\u00a0\u00bb nous dit Maurice Bloch (1993). Nous pouvons nous poser la question de savoir quelle place le num\u00e9rique va prendre, 30 ans apr\u00e8s cette phrase.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%;\"><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-154 aligncenter\" src=\"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/retournement_en_terre_malgache.png\" alt=\"Retournement en terre Malgache\" width=\"655\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"text-align: left;\">MyReplika, l&rsquo;application mobile qui fait parler les morts.- in : Le Monde, l&rsquo;\u00e9t\u00e9 en s\u00e9ries, 29\/07\/2017, p. 16 :<br \/>\nEn Californie, deux jeunes russes ont cr\u00e9\u00e9 un moteur d&rsquo;intelligence artificielle capable de converser avec l&rsquo;entourage d&rsquo;un d\u00e9funt, en int\u00e9grant ses souvenirs et ses expressions.<br \/>\nLe 28 novembre 2015, un jeune homme de 34 ans nomm\u00e9 Roman Mazurenko d\u00e9c\u00e8de percut\u00e9 par une voiture \u00e0 Moscou. Sa meilleure amie, Eugenia Kuyda, d\u00e9cide alors de cr\u00e9er un chat-bot \u00e0 l&rsquo;image de Roman. Avec l&rsquo;aide de sa start-up sp\u00e9cialis\u00e9e dans l&rsquo;intelligence artificielle, Luka, elle int\u00e8gre dans ce bot des milliers de messages, de tweets et de textos envoy\u00e9s par son ami, y a ajout\u00e9 les traits de caract\u00e8re qui le d\u00e9finissait, et a finalement r\u00e9ussi \u00e0 entamer en 2016 une discussion avec son double num\u00e9rique.<\/p>\n<p><strong>C. Ritualisation de la mort en France : qu\u2019en est-il aujourd&rsquo;hui<\/strong><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">1. Evolution au fil des si\u00e8cles<\/span> :<\/p>\n<p>Pour les historiens, la suppression du deuil et la simplification des fun\u00e9railles remontent au XV\u00e8me si\u00e8cle o\u00f9 s\u2019amorcent les d\u00e9buts d\u2019une pens\u00e9e dualiste opposant d\u2019une part le corps, de l\u2019autre l\u2019\u00e2me. C\u2019est aussi la naissance d\u2019une pens\u00e9e individualiste qui n\u2019implique plus la prise en charge du mort par la communaut\u00e9 mais par sa famille. Les avis de d\u00e9c\u00e8s avant le XV\u00e8me si\u00e8cle \u00e9taient cri\u00e9s publiquement et sont devenus au fil des si\u00e8cles l\u2019affaire priv\u00e9e des familles qui informent les proches par l\u2019envoi de faire-part individuels.<br \/>\nEn Occident, cette individualisation de la mort a engag\u00e9 toute une r\u00e9flexion sur la \u00ab disparition \u00bb ou la \u00ab n\u00e9gation \u00bb de la mort notamment avec les travaux de Philippe Ari\u00e8s qui parle de \u00ab mort sauvage \u00bb \u00e0 partir des ann\u00e9es 60\/70. M Hanus parle, lui, de \u00ab privatisation \u00bb et \u00ab d\u2019occultation sociale \u00bb (2002).<br \/>\nPourtant Michel Hanus (2002) remarquait d\u00e9j\u00e0 il y a quelques ann\u00e9es \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9closion de nouvelles pratiques sociales\u00a0\u00bb face \u00e0 un double mouvement : vivre la mort et le deuil dans l\u2019intimit\u00e9 familiale et personnaliser les c\u00e9r\u00e9monies et les pratiques, les rites traditionnels \u00e9tant \u00ab\u00a0ressentis comme trop formels, d\u00e9shabit\u00e9s, impersonnels.\u00a0\u00bb M Hanus constatait que la \u00a0\u00bb n\u00e9cessit\u00e9 du deuil et son in\u00e9vitabilit\u00e9, \u00e9taient mieux per\u00e7ues de la population de m\u00eame que l\u2019utilit\u00e9 de donner cours et expression aux \u00e9motions douloureuses. \u00bb<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\">2. Rites et pratiques aujourd\u2019hui : un vide de rites ou des rites en creux ?<\/span><\/p>\n<p>On observe une diversit\u00e9 culturelle et religieuse, ainsi qu&rsquo;une diversit\u00e9 d&rsquo;expressions fun\u00e9raires et areligieuses, mais parfois tout autant spirituelles.<\/p>\n<p>Les trois religions principalement repr\u00e9sent\u00e9es sont le christianisme, l\u2019islam et le juda\u00efsme, mais se pratiquent \u00e9galement le bouddhisme ou l&rsquo;hindouisme. Des c\u00e9r\u00e9monies civiles s&rsquo;inventent, se cr\u00e9ent, se transmettent, aussi.<\/p>\n<p>Pour Damien Le Guay, vice-pr\u00e9sident du Comit\u00e9 national d\u2019\u00e9thique du fun\u00e9raire, la place du rite fun\u00e9raire a \u00e9volu\u00e9 selon 3 axes. Selon ce professionnel du \u00ab fun\u00e9raire \u00bb en France, ses rites se sont au fil du temps, appauvris\u2009 avec la disparition du religieux ; ils ont perdu de leur force et de leur sens. Dans le m\u00eame temps, explique-t-il, \u00ab le d\u00e9veloppement d\u2019un \u201cbricolage rituel\u201d est venu les remplacer, chacun essayant de cr\u00e9er un rituel pour remplir les fonctions autrefois assur\u00e9es par le rite religieux, sans toujours y parvenir \u00bb. Enfin, la cr\u00e9mation est de plus en plus utilis\u00e9e, puisque celle-ci est utilis\u00e9e pour 30\u202f% des d\u00e9c\u00e8s (contre 20\u202f% en 2001). Les raisons de cet engouement : une technique fun\u00e9raire respectueuse du d\u00e9funt, abordable financi\u00e8rement, en accord avec la religion s&rsquo;il y en a une (J Fournier, 2013). Pourtant, les vivants sont parfois un peu abasourdis par cette pratique qui n&rsquo;a pas vraiment \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9e par une ritualit\u00e9, sociale mais aussi temporelle et spatiale. Ainsi peut s\u2019entendre une \u00ab revendication d&rsquo;un droit au rite \u00bb (Albert, 1999) dans une population moins religieuse mais aspirant \u00e0 trouver sa forme propre de spiritualit\u00e9, convoqu\u00e9e lors d\u2019un d\u00e9c\u00e8s. La ritualisation donnerait alors \u00ab une forme conventionnelle aux interactions avec les autres en d\u00e9limitant des formes l\u00e9gitimes d&rsquo;expression de la douleur et de l&rsquo;attachement au d\u00e9funt, contribuant ainsi \u00e0 la d\u00e9finition de r\u00f4les diff\u00e9renci\u00e9s et socialement admis \u00bb (Albert, 1999).<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre n\u2019observons-nous donc pas un vide quant aux rites fun\u00e9raires, mais des rites en creux. Certes le spirituel s&rsquo;est retir\u00e9 de la sph\u00e8re publique, et le religieux bien s\u00fbr ; en revanche, une recherche de spiritualit\u00e9 existe ind\u00e9niablement, qui s&rsquo;exprime aussi ou se r\u00e9v\u00e8le au moment de la mort d&rsquo;un proche. Une amie me disait apr\u00e8s la mort d&rsquo;un de ses amis : \u00ab\u00a0la le\u00e7on de tout cela, c&rsquo;est qu&rsquo;on ne peut pas vivre sans spiritualit\u00e9\u00a0\u00bb. Alors peut-\u00eatre que les rites, quel que soient leurs formes et leurs origines, sont en creux, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils sont plein d&rsquo;un d\u00e9sir, d&rsquo;un appel \u00e0 trouver plus juste, plus vrai, plus authentique, pour continuer \u00e0 vivre apr\u00e8s la mort d\u2019un proche tout en trouvant du sens et du gout \u00e0 cette vie-l\u00e0, un peu creus\u00e9e.<\/p>\n<p>Le rite n\u2019est pas que folklore ou tradition, il est aussi teint\u00e9 de toute la vie psychique de la personne qui reste, vivante, bien que contenue par le groupe. L\u2019angoisse qui d\u00e9coule de l&rsquo;incertitude, de la douleur de la perte, du vide laiss\u00e9 par la personne morte, vient bien de cette s\u00e9paration intim\u00e9e par la mort de l\u2019autre. C\u2019est par ce d\u00e9-saisissement que se marque le seuil liant vie et mort, mort et vie, tout en les d\u00e9liant. Les proches sont tr\u00e8s souvent marqu\u00e9s lorsque la personne entre en phase agonique, cet entre-deux qui nous \u00e9chappe, et qui marque la liminarit\u00e9 entre le monde des vivants et celui des morts. En cela le passage est un support destin\u00e9 \u00e0 la charge symbolique et qui est souvent empreint d\u2019un caract\u00e8re sacr\u00e9 (C Le Grand S\u00e9bille, 2004). Et si ce n\u2018est sacr\u00e9, ce sera sens\u00e9 \u2026. \u00ab\u00a0Le rite fait corps et sens\u00a0\u00bb nous dit Luce des Aulniers, et en cela, \u00ab il r\u00e9siste \u00e0 la pourriture, \u00e0 l&rsquo;anomie, \u00e0 la disparition, \u00e0 l&rsquo;absurde, toutes figures de la mort&#8230; Mieux, il fait corps pour faire sens. \u00bb<br \/>\nPeut-\u00eatre, une piste, serait non pas de d\u00e9terminer le sens des choses a priori mais pouvoir trouver suffisamment de ressources en nous, en l\u2019autre, dans le groupe, pour donner sens \u00e0 ce qui se donne \u00e0 vivre.<\/p>\n<p><strong>Pour conclure :<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019est pas facile en effet de se laisser dessaisir, de se laisser d\u00e9tacher tout en contenant suffisamment la douleur de la perte pour ne pas exploser sous la r\u00e9alit\u00e9 de cette exp\u00e9rience. Exp\u00e9rience propre chacun, et que chacun vivra tr\u00e8s diff\u00e9remment, pour la mort d\u2019une m\u00eame personne. De m\u00eame pour le passage en lui-m\u00eame de la mort qui \u00e9chappe \u00e0 autrui. Passage qui est le dernier de cette vie l\u00e0, dont personne ne peut t\u00e9moigner et dont personne n&rsquo;est revenu. Ce passage l\u00e0, tout comme celui de la naissance, ne peut en fait \u00eatre ritualis\u00e9. Les gestes qui pr\u00e9c\u00e8dent ou suivent la mort de la personne peuvent de fait \u00eatre mis en forme, en gestes et en mots, trouver signification pour une personne et pour le groupe. Pas une vie qui ne ressemble \u00e0 une autre, pas une mort non plus. Tout ce qui fait le rite fun\u00e9raire est fait pour les vivants, le d\u00e9funt y \u00e9chappe et s&rsquo;y soustrait, de fait. Mais l&rsquo;inverse n&rsquo;est pas vrai : les vivants ne peuvent ni \u00e9chapper ni se soustraire totalement \u00e0 la fin de vie de la personne. Et c&rsquo;est parfois si difficile de se tenir l\u00e0 &#8230; Lors d\u2019un entretien avec les proches d\u2019un patient r\u00e9cemment, et \u00e0 la suite d\u2019un souhait qu\u2019ils avaient \u00e9mis que leur p\u00e8re soit euthanasi\u00e9, nous leur avions sugg\u00e9r\u00e9 puisqu\u2019ils se rendaient compte que cet homme &#8211; leur p\u00e8re et mari &#8211; tenait \u00e0 la vie, de lui parler, de lui dire qu\u2019ils \u00e9taient pr\u00e9sents jusqu\u2019\u00e0 sa mort. Cela les a vraisemblablement choqu\u00e9 que l\u2019on puisse parler de la mort, alors qu\u2019eux parlaient simplement &#8211; ou au contraire ? &#8211; d\u2019euthanasie. \u00c9tait-ce, par ce d\u00e9sir d\u2019euthanasie, le souhait avant tout de pouvoir ma\u00eetriser le moment mais aussi la fa\u00e7on de mourir qu\u2019ils portaient ? On pourrait se demander si la demande d&rsquo;euthanasie n&rsquo;est pas une fa\u00e7on de ritualiser un passage qui nous \u00e9chappe totalement et dont on redoute tellement le d\u00e9roulement \u2026 et qui plus est l&rsquo;issue ! Il est peut-\u00eatre en effet plus facile de parler du rite ou du ritualisable (l&rsquo;euthanasie, la bonne mort, la mort en silence, la mort ma\u00eetris\u00e9e : un produit, toujours le m\u00eame ; une cons\u00e9quence, toujours la m\u00eame) que de vivre ce qui jamais ne pourra \u00eatre ritualis\u00e9 : le passage en tant que tel, la mort d&rsquo;autrui et qui plus est de soi-m\u00eame, qui toujours \u00e9chappera \u00e0 la science, au savoir et \u00e0 la compr\u00e9hension humaine.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Lorsqu\u2019il n\u2019est plus envisag\u00e9 de gu\u00e9rison possible, voire m\u00eame de survie \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance, lorsque l\u2019existence d\u2019une personne la confronte implacablement \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience inassumable d\u2019un dessaisissement, que reste-t-il de nos savoirs et de nos certitudes ? M\u00e9decin, soignant, accompagnateur, et plus simplement \u00eatre humain, serons-nous capables d\u2019adopter une responsabilit\u00e9 \u00e0 concevoir, comprendre et respecter dans ses enjeux, ses insuffisances, ses limitations et m\u00eame ses \u00e9nigmes ? En fin de compte, il n\u2019est de v\u00e9ritable courage que d\u2019assumer nos fragilit\u00e9s, fussent-elles mortelles.\u00a0\u00bb (E Hirsch, 2001)<\/p>\n<p>Ne faisons pas du passage de la mort un rite de plus, ou alors un rite o\u00f9 la d\u00e9ma\u00eetrise serait de mise. Puissions nous accompagner l&rsquo;avant, l&rsquo;instant, l&rsquo;apr\u00e8s, de notre place de soignant, et non pas de sachant. Acceptons parfois (\u00e0 chaque rencontre !), de ne pas savoir et de nous laisser guider par celui qui, s&rsquo;acheminant vers sa mort, est le seul capable de nous initier \u00e0 son rite propre et unique. Restent les vivants, qui auront \u00e9t\u00e9 si \u00e9branl\u00e9s par le parcours de la maladie, les chamboulements familiaux et sociaux, par le chagrin et parfois la col\u00e8re. Ils n&rsquo;auront pas toujours les clefs du rituel v\u00e9cu quand bien m\u00eame ils connaissent si bin leur conjoint, leur fils ou leur m\u00e8re. Ils auraient peut-\u00eatre souhait\u00e9 que \u00ab\u00a0\u00e7a aille plus vite \u00e0 la fin\u00a0\u00bb, ils se montreront surpris comme s&rsquo;ils n\u2019avaient rien entendu du pronostic, par l&rsquo;inattendu de la mort soudaine. Pour ceux l\u00e0, nous aurons toujours \u00e0 tendre l&rsquo;oreille, \u00e9couter leur vie avec celui en partance ou d\u00e9j\u00e0 parti. Comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9pouse de Monsieur Jean qui \u00e9tait absente au moment de sa mort, nous pourrons ainsi restituer au fil des jours, des mois, des ann\u00e9es d&rsquo;accompagnement, un peu de ce dont nous nous serons fait les t\u00e9moins et les passeurs, guid\u00e9s par celui qui aura \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur de sa vie et au c\u0153ur de son passage. Et laisser les vivants tricoter leur deuil.<\/p>\n<p><strong>Bibliographie :<\/strong><\/p>\n<p>E. Fiat : L\u2019accompagnement comme devoir de civilisation, dans Fins de vie, \u00e9thique et soci\u00e9t\u00e9, ouvrage collectif sous la direction d\u2019E. Hirsch, Ed. Eres, 2014, 599 p., pp 30-34.<\/p>\n<p>M.Castra : Bien mourir &#8211; Sociologie des soins palliatifs, 2003, coll. Le Lien social, Ed.PUF, 384 p.<\/p>\n<p>Michel Hanus, 2002 \u00ab \u00c9volution du deuil et des pratiques fun\u00e9raires \u00bb, \u00c9tudes sur la mort 2002\/1 (no 121), p. 63-72. DOI 10.3917\/eslm.121.0063<\/p>\n<p>Emmanuel Hirsch, \u00ab Sens et enjeux du soin \u00bb, \u00c9tudes sur la mort 2001\/2 (no 120), p. 57-67. DOI 10.3917\/eslm.120.0057<\/p>\n<p>MA Berthod : Marc-Antoine Berthod, \u00ab Entre psychologie des rites et anthropologie de la perte \u00bb, Journal des anthropologues [En ligne], 116-117 | 2009, mis en ligne le 01 juin 2010, consult\u00e9 le 30 septembre 2016. URL : <a href=\"http:\/\/jda.revues.org\/3432\" target=\"_bank\">http:\/\/jda.revues.org\/3432<\/a><\/p>\n<p>Jean-Pierre Albert. Les rites fun\u00e9raires. Approches anthropologiques. Les cahiers de la facult\u00e9 de th\u00e9ologie, 1999, pp.141-152.<\/p>\n<p>M. Bloch \u00ab La mort et la conception de la personne \u00bb, Terrain, 20, 1993.<\/p>\n<p>C Le Grand S\u00e9bille : Evolution des rites et des pratiques &#8211; \u00ab Des rites pour se situer \u00bb paru dans l\u2019ouvrage collectif : Face aux fins de vie et \u00e0 la mort, sous la direction de Emmanuel Hirsch, Coll. Espace \u00c9thique, Vuibert, 2004, pp. 257-259<\/p>\n<p>Par Julien Fournier : <a href=\"https:\/\/www.lenouveleconomiste.fr\/dossier-art-de-vivre\/rites-funeraires-et-religions-le-multiculturalisme-20294\/\" target=\"_blank\">https:\/\/www.lenouveleconomiste.fr\/dossier-art-de-vivre\/rites-funeraires-et-religions-le-multiculturalisme-20294\/<\/a> Publi\u00e9 le 31\/10\/2013<\/p>\n<p>Luce Des Aulniers : Anthropologie du temps et rite, Cahiers du Cirp, Volume 1, pp. 80 \u00e0 103, Anthropologie du temps et rite dans la mire de la mort.<\/p>\n<p>LE DEUIL, AUJOURD&rsquo;HUI, Jean Allouch, ERES | Cliniques m\u00e9diterran\u00e9ennes 2007\/2 &#8211; n\u00b0 76 pages 7 \u00e0 17<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les masques de la mort : carnaval, procession ou passage ? Regard anthropologique sur les visages de la mort, ici ou l\u00e0, hier et aujourd\u2019hui. 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