{"id":159,"date":"2018-06-28T09:53:28","date_gmt":"2018-06-28T09:53:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/?p=159"},"modified":"2018-06-28T10:08:20","modified_gmt":"2018-06-28T10:08:20","slug":"nouer-pour-denouer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pourtantlavie.org\/index.php\/nouer-pour-denouer\/","title":{"rendered":"Nouer pour d\u00e9nouer"},"content":{"rendered":"<table style=\"border-collapse: collapse; width: 100%;\" border=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 100%; text-align: left;\">Dimanche 11 f\u00e9vrier 2018<br \/>\nAnnick Simon (Psychologue)<br \/>\nPour une Session de Bio\u00e9thique<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00ab Nouer, pour d\u00e9nouer \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Autrement dit : quelle relation nouer avec celui dont je m\u2019approche ? Puis, comment celle-ci parviendra-t-elle \u00e0 d\u00e9nouer sa souffrance, pour l\u2019enrichir d\u2019un sens nouveau ?Quelle place donner \u00e0 la relation dans le soin ?<\/p>\n<p>Comment celle-ci peut-elle se faire soignante face \u00e0 la souffrance (du corps, de l\u2019\u00e2me, de la pens\u00e9e), et surtout comment peut-elle favoriser que cette souffrance prenne un sens ?<\/p>\n<p>Me voici un peu intimid\u00e9e de me trouver parmi vous, parce que, en v\u00e9rit\u00e9, ce (ceux) que je connais le mieux, ce sont les b\u00e9b\u00e9s.<br \/>\nMais, au fond, \u00e7a tombe plut\u00f4t bien, parce que b\u00e9b\u00e9, nous l\u2019avons \u00e9t\u00e9, vous et moi et, en d\u00e9pit de notre \u00e9ducation, de nos \u00e9tudes, de nos choix de vie, ce b\u00e9b\u00e9-l\u00e0 est rest\u00e9 au fond de chacun de nous. Et, tenez, c\u2019est \u00e0 lui que je vais m\u2019adresser ce matin ; alors, s\u2019il vous plait, aidez-le \u00e0 remonter en vous. Rendez-lui sa juste place !<\/p>\n<p>Pendant vingt ans, j\u2019ai eu le privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre celle qui venait accueillir les b\u00e9b\u00e9s d\u2019un service de N\u00e9onat. Les b\u00e9b\u00e9s d\u2019abord ; leurs parents ensuite.<br \/>\nUn soir, au fond du service, j\u2019ai d\u00e9couvert un b\u00e9b\u00e9 qui pleurait en silence ; je crois que c\u2019est une des sc\u00e8nes les plus douloureuses qu\u2019il m\u2019ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de vivre au cours de ces ann\u00e9es.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nD\u2019ordinaire, ce petit peuple hurle son chagrin, nous inonde de sa col\u00e8re. Il lui para\u00eet tout bonnement odieux, impensable que les adultes ne volent pas au secours des malheureuses victimes de leurs n\u00e9gligences coupables.<br \/>\nCe jour-l\u00e0, ce b\u00e9b\u00e9-l\u00e0, du fond de sa couveuse, ne bougeait pas, ne r\u00e9clamait rien. Seulement, je voyais sa poitrine se soulever un peu plus fort que le rythme ordinaire, mais surtout, ce qui m\u2019avait frapp\u00e9, \u00e9mue, boulevers\u00e9e, c\u2019\u00e9taient les grosses larmes qui roulaient sur ses joues.<br \/>\nEt, du coup, mes larmes \u00e0 moi, m\u2019\u00e9taient mont\u00e9es aux yeux.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais all\u00e9e chercher une infirmi\u00e8re ; j\u2019avais questionn\u00e9.<br \/>\nEt, la jeune-femme m\u2019avait expliqu\u00e9 que Petit Paul avait 3 semaines ; il allait plut\u00f4t bien ; aussi, il arrivait que l\u2019on puisse l\u2019oublier un peu. La toilette, les soins n\u2019\u00e9taient l\u2019affaire que de quelques minutes pour lui. En fait, on ne le connaissait pas bien.<br \/>\nJe continuais de questionner. Et, c\u2019est alors que l\u2019infirmi\u00e8re s\u2019est souvenue de n\u2019avoir jamais vu les parents du b\u00e9b\u00e9 : \u00ab Ils habitent loin ; ils n\u2019ont pas de voiture. Mais, la maman t\u00e9l\u00e9phone ; on lui dit que Paul va bien. \u00bb<br \/>\nOui, sans doute. On le disait \u00e0 la maman, mais, rien n\u2019\u00e9tait dit au b\u00e9b\u00e9 et lui, en trois semaines de vie, avait d\u00e9j\u00e0 appris \u00e0 ne rien attendre, rien esp\u00e9rer, et, du coup, \u00e0 ne rien demander, non plus.<br \/>\nD\u2019o\u00f9 ses larmes silencieuses, qui ne recherchaient aucune compassion.<br \/>\nSa souffrance n\u2019\u00e9tait pas accueillie, pas re\u00e7ue. Et lui, avait d\u00e9j\u00e0 appris \u00e0 ne demander ni aide, ni attention.<\/p>\n<p>Dans ma rencontre avec eux, les b\u00e9b\u00e9s ont eu t\u00f4t fait de m\u2019enseigner que, d\u00e8s avant leur naissance, ils sont tous diff\u00e9rents.<br \/>\nD\u00e8s l\u2019origine, nos histoires ne sont pas les m\u00eames, bien s\u00fbr, mais, ce qui est extraordinaire \u00e0 observer c\u2019est combien chaque individu est vraiment particulier, unique.<br \/>\nEntrer en relation est un v\u00e9ritable travail qui va incomber aux uns et aux autres, c\u00f4t\u00e9 soignant aussi bien que c\u00f4t\u00e9 soign\u00e9. C\u2019est vraiment ce qui me para\u00eet essentiel : pour qu\u2019il y ait rencontre, encore faut-il que chacun se soit avanc\u00e9 en direction de l\u2019autre.<\/p>\n<p>Mais, avant de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce chemin-l\u00e0, je vais vous proposer une promenade en compagnie de mon ami le Petit Robert.<\/p>\n<ul>\n<li>Lorsque je lui demande l\u2019origine du mot <strong><em>\u00ab Relation \u00bb, <\/em><\/strong>il me r\u00e9pond qu\u2019il vient du latin <em>\u00ab Relatio \u00bb <\/em>: <em>\u00ab R\u00e9cit \u00bb, \u00ab Narration \u00bb. <\/em><\/li>\n<\/ul>\n<p>Il a donn\u00e9 naissance aussi \u00e0 cet autre mot \u00ab <em>Liaison \u00bb <\/em>dans lequel nous retrouvons la notion de <em>\u00ab Lien \u00bb. <\/em><br \/>\nPour moi, je retiendrai que la relation nous entra\u00eene du c\u00f4t\u00e9 d\u2019un r\u00e9cit, d\u2019une narration \u00e0 plusieurs. Et pourquoi pas un dialogue ?<br \/>\nAh ! Voil\u00e0 qui me plait vraiment !<\/p>\n<ul>\n<li>Le <strong><em>\u00ab Soin \u00bb<\/em><\/strong>, vient de <em>\u00ab sonium \u00bb <\/em>: le <em>\u00ab souci \u00bb<\/em>. Soigner, c\u2019est donc, avant tout, avoir le souci de l\u2019autre.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cet autre est souvent le <em>\u00ab patient \u00bb<\/em>, de \u00ab <em>patientia \u00bb<\/em>, celui qui souffre, oui, mais encore, il est celui qui se trouve en souffrance, en attente de notre attention.<\/p>\n<ul>\n<li>La \u00ab <strong><em>Souffrance \u00bb<\/em><\/strong>, pour finir, nous renvoie donc \u00e0 l\u2019attente, \u2026 mais pas seulement !<\/li>\n<\/ul>\n<p>\u00ab <strong><em>Souffrir \u00bb<\/em><\/strong>, de \u00ab sufferire \u00bb, c\u2019est aussi <em>\u00ab porter \u00bb, \u00ab pr\u00e9senter \u00bb, \u00ab offrir \u00bb. <\/em><br \/>\nPr\u00e9senter, offrir sa souffrance ? Ce n\u2019est pas ce \u00e0 quoi nous pensons spontan\u00e9ment, nous qui avons vieilli ; et petit Paul, quant \u00e0 lui, \u00e0 trois semaines de vie, il avait d\u00e9j\u00e0 renonc\u00e9 \u00e0 offrir ce que personne, d\u2019ailleurs, n\u2019attendait !<\/p>\n<p><strong><em>La Relation <\/em><\/strong><\/p>\n<p>De l\u2019art de nouer une relation.<br \/>\nQue faudrait-il faire ? Ne pas faire ? Ma foi, je n\u2019en sais rien, si ce n\u2019est que c\u2019est un peu comme la mayonnaise : \u00e7a prend ou \u00e7a ne prend pas.<br \/>\nMes amis les b\u00e9b\u00e9s m\u2019ont appris qu\u2019il faut beaucoup de patience et de doigt\u00e9 pour les rencontrer. Un ton de voix trop fort, un geste trop vif \u2026 et ils se mettent \u00e0 hurler ou se renferment comme de v\u00e9ritables petites hu\u00eetres.<br \/>\nNous autres adultes, ne sommes pas si diff\u00e9rents de ce (ceux) que nous avons \u00e9t\u00e9, si ce n\u2019est que la vie nous a appris \u00e0 ne pas manifester aussi ouvertement nos craintes et nos r\u00e9pulsions.<br \/>\nAlors, en apparence, nous sommes pr\u00eats \u00e0 la rencontre ; mais, en v\u00e9rit\u00e9, au fond de nous, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 ferm\u00e9, verrouill\u00e9. Il n\u2019y aura pas d\u2019\u00e9change possible. Juste une fa\u00e7ade de \u00ab biens\u00e9ance \u00bb.<\/p>\n<p>Nouer une relation, ce n\u2019est, en fait, pas tr\u00e8s diff\u00e9rent de nouer le lacet de notre chaussure.<br \/>\nSi, si, vous allez voir !<br \/>\nPour que \u00ab \u00e7a tienne \u00bb, il vaut mieux que les deux bouts du lien soient faits dans le m\u00eame mat\u00e9riau.<\/p>\n<p>Ensuite, vient l\u2019art de faire se rencontrer, puis de croiser, entrelacer les deux parties du lacet jusqu\u2019\u00e0 les nouer solidement. On ne peut pas dire qu\u2019un c\u00f4t\u00e9 soit plus important que l\u2019autre.<br \/>\nEntrer en relation est un travail tout \u00e0 fait comparable : rapprocher deux individus, les faire se rencontrer, se lier et nouer la relation. Vous voyez ?<\/p>\n<p>Revenons aupr\u00e8s de la couveuse du petit Paul, ou d\u2019un autre.<br \/>\n\u00ab Chat \u00e9chaud\u00e9 craint l\u2019eau froide \u00bb dit-on et les b\u00e9b\u00e9s de N\u00e9onat ont tellement l\u2019habitude de souffrir lorsque des mains viennent \u00e0 plonger dans leur bo\u00eete de plexiglas que &#8211; petits fut\u00e9s &#8211; ils ont pris l\u2019habitude de faire semblant de dormir lorsque l\u2019on s\u2019approche d\u2019eux.<br \/>\nBref, ils font \u00ab le mort \u00bb.<br \/>\nAlors, moi, je me plantais au bord de la couveuse, mais \u00e0 une distance un peu sup\u00e9rieure \u00e0 la longueur de mon bras.<br \/>\nEt l\u00e0, comme le p\u00eacheur au bord de la rivi\u00e8re, j\u2019attendais.<br \/>\nJ\u2019attendais que \u00ab \u00e7a morde \u00bb, en ce sens que le b\u00e9b\u00e9, \u00e9tonn\u00e9 de ne rien voir venir, de ne sentir aucun contact physique, ouvrait un oeil, \u2026 cherchait un regard.<br \/>\nEn fait, il s\u2019agissait, pour moi, de le rendre acteur de la rencontre ; le premier pas, je l\u2019incitais \u00e0 le faire.<br \/>\nAlors, \u00e0 ce moment l\u00e0, je \u00ab ferrais \u00bb. Mon rire, quelques mots joyeux : \u00ab Coucou ! Tu m\u2019as trouv\u00e9e ! \u2026 Bonjour, toi ! Comment vas-tu aujourd\u2019hui ? \u00bb<br \/>\nPetite partie de ping-pong : je t\u2019envoie des mots, tu me donnes ton regard et puis tes gestes qui se d\u00e9roulent. On recommence, on continue \u2026 Le lien se tisse entre nous.<br \/>\nLes gestes pour toucher, pour soigner, ou m\u00eame caresser, je les laissais \u00e0 ceux qui prennent soin des corps : les infirmi\u00e8res, les m\u00e9decins.<br \/>\nLa rencontre ne durait jamais tr\u00e8s longtemps et le b\u00e9b\u00e9 ne tardait pas \u00e0 montrer des signes de fatigue. Ses paupi\u00e8res devenaient lourdes. Il refermait les yeux.<br \/>\nImportant de respecter son rythme, de me plier \u00e0 ce qui lui convenait, de le laisser \u00eatre acteur de ce moment unique.<br \/>\nUn mot d\u2019au revoir, et je reculais, le laissant au souvenir de notre rencontre.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, les b\u00e9b\u00e9s nous le montrent bien : nous aimons tous \u00eatre acteurs de nos vies ; nous avons besoin de montrer quel rythme nous convient. Ainsi, prenant en main leur entr\u00e9e dans la relation, ils nous enseignent, \u00e0 nous qui voudrions leur venir en aide, l\u2019humilit\u00e9, \u00ab humus \u00bb, ce terreau de nos vies d\u2019humains.<\/p>\n<p>Mais, je crois que ce n\u2019est pas encore suffisant.<br \/>\nSi je viens \u00e0 la rencontre de mon prochain avec tout un chapelet de bonnes intentions (Nous le savons tous : l\u2019Enfer est pav\u00e9 de bonnes intentions !) alors, je pourrai \u00ab vouloir son bien \u00bb ; vouloir le soulager ; vouloir le faire parler \u00e0 propos de ce qu\u2019il cache pudiquement \u2026, bref, si je viens en sp\u00e9cialiste (de la relation, par exemple, ou encore du soin \u2026), hop ! L\u2019hu\u00eetre va se refermer. Rien \u00e0 voir. Circulez !<br \/>\nSi je veux que cet autre vienne \u00e0 ma rencontre \u2026 peut-\u00eatre faut-il que je ne brandisse pas, au devant de moi, ma science, mon savoir, ou m\u00eame seulement mon envie de \u00ab faire du bien \u00bb ?<br \/>\nNon, il faut savoir se mettre en creux ; devenir comme un ventre maternel, celui qui accueille et favorise le d\u00e9veloppement de cet autre en devenir.<br \/>\nJuste un chemin de pauvret\u00e9, juste la grande libert\u00e9 de n\u2019\u00eatre que soi, tout simplement soi, pour que l\u2019autre puisse s\u2019autoriser \u00e0 \u00eatre lui.<br \/>\n\u00ab Etre soi \u00bb, ce n\u2019est pas rien !<\/p>\n<p>Nous poss\u00e9dons tous un talent particulier et le n\u00e9gliger ou ne pas vouloir le reconna\u00eetre, ce serait comme cracher dans la soupe, refuser la confiture aux petits cochons, sous pr\u00e9texte qu\u2019ils ne sont que des petits cochons !<br \/>\nSi l\u2019un de vous a le don de la parole, qu\u2019il n\u2019en prive surtout pas celui qu\u2019il va rencontrer !<br \/>\nSi un autre a celui du geste, du sourire ou du regard \u00e9loquents, qu\u2019il les offre sans retenue \u00e0 ceux avec lesquels il entrera en relation !<br \/>\nC\u2019est par le biais de cette rencontre que, dans notre regard, notre interlocuteur se d\u00e9couvrira \u00ab aimable \u00bb.<br \/>\nVous savez, Winnicott l\u2019a dit : \u00ab Le premier miroir de l\u2019enfant, ce sont les yeux de sa m\u00e8re \u00bb<br \/>\nQue va-t-il lire dans ce regard ? Peut-\u00eatre juste qu\u2019il n\u2019est ni beau, ni gentil, et qu\u2019il n\u2019est pas celui qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sir\u00e9.<br \/>\nMais, le plus souvent, je veux croire, que nous avons d\u00e9chiffr\u00e9 que nous \u00e9tions \u00ab aimables \u00bb, dignes d\u2019\u00eatre aim\u00e9s.<br \/>\nSi celui \u00e0 la rencontre duquel je vais, d\u00e9code dans mon regard que je suis <em>\u00ab le sp\u00e9cialiste \u00bb, <\/em>que je sais ce dont il souffre et que je suis bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 le faire parler \u2026 Alors ?<br \/>\nRien de rien ! Clap final. Je n\u2019en saurai pas davantage.<br \/>\nMais si, comme petit Paul dans sa couveuse, il a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 libre de faire le premier pas, et s\u2019il trouve un regard, une attention pour l\u2019accueillir, croyez-moi, il va s\u2019y lover !<br \/>\nEt, ce ne sera pas pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9, mais, comme le chat qui ronronne pelotonn\u00e9 sur son coussin, l\u2019autre, sans l\u2019avoir pr\u00e9par\u00e9, commencera \u00e0 parler. Vraiment.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Attente <\/em>\u00bb et \u00ab <em>Attention <\/em>\u00bb nous parlent de la m\u00eame chose. Il s\u2019agit de \u00ab <em>tendre vers <\/em>\u00bb.<br \/>\nDans la relation qui va se nouer, \u2026 comme pour les lacets de nos chaussures, il est bien question de cela : \u00ab Tendre vers l\u2019autre \u00bb, tendre et attendre d\u2019\u00eatre saisi. C\u2019est comme une danse, comme un ballet bien orchestr\u00e9 ; il n\u2019y a pas de premier ou de second r\u00f4le. Chacun a la responsabilit\u00e9 d\u2019occuper et puis de tenir sa place.<\/p>\n<p><strong><em>Le Soin <\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les b\u00e9b\u00e9s que nous sommes le savent tous : il n\u2019est pas de soin sans relation.<br \/>\nJe me souviens de certains \u00ab coquinous \u00bb refusant le biberon donn\u00e9 par telle infirmi\u00e8re, parce qu\u2019ils ne voulaient boire qu\u2019avec telle autre. Elles le savaient si bien, toutes, qu\u2019elles se disaient les unes aux autres : \u00ab <em>Je te laisse donner le biberon \u00e0 No\u00e9mie \u2026 elle pr\u00e9f\u00e8re avec toi ! \u00bb <\/em><br \/>\nD\u2019autres ne buvaient que quelques gouttes de lait, histoire de ne plus ressentir la faim et se r\u00e9servaient pour le moment o\u00f9 leur maman arriverait. L\u00e0 encore, petits fut\u00e9s, ils savaient tr\u00e8s bien anticiper l\u2019heure pr\u00e9cise de la visite !<br \/>\nEt souvenez-vous encore, lorsque, quelques ann\u00e9es plus tard, nous sommes all\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole, nous avons appris \u00e0 lire parce que nous aimions notre ma\u00eetresse \u2026ou nous avons eu beaucoup de mal parce que nous ne nous sentions pas aim\u00e9s.<\/p>\n<p>Lorsque je dis qu\u2019il n\u2019y a pas de soin sans relation, c\u2019est presque une lapalissade.<br \/>\nPuisque nous sommes en pr\u00e9sence d\u2019un autre, il y aura forc\u00e9ment relation. Mais celle-ci peut-\u00eatre bonne, mauvaise, nulle ou m\u00eame juste fade, ce qui n\u2019est gu\u00e8re diff\u00e9rent !<br \/>\nLe \u00ab bon \u00bb m\u00e9decin, c\u2019est aussi celui que nous aimons et qui nous aime. Celui-l\u00e0 nous soignera, nous soignera toujours bien, m\u00eame s\u2019il \u00e9choue parfois \u00e0 nous gu\u00e9rir.<br \/>\nUn des psychanalystes qui m\u2019a le plus appris (le Dr James GAMMILL) avait l\u2019habitude de dire : <em>\u00ab Il n\u2019y a que l\u2019amour qui gu\u00e9rit ! Ne le r\u00e9p\u00e9tez pas, \u00e7a pourrait \u00eatre mal compris ! \u00bb\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Pour moi, je le r\u00e9p\u00e8te, j\u2019en suis persuad\u00e9e et j\u2019en ai fait l\u2019exp\u00e9rience : ceux de mes petits patients qui ont pu tirer b\u00e9n\u00e9fice de notre travail de th\u00e9rapie, savaient bien que je les aimais. Inutile de le leur dire ; cela se <em>\u00ab sent \u00bb <\/em>!<br \/>\nEt, ce qui n\u2019est pas moins important, ils \u00e9taient tout \u00e0 fait conscients de l\u2019alliance qui s\u2019\u00e9tait construite entre leurs parents et la <em>\u00ab Dame \u00bb <\/em>chez qui ils venaient jouer.<\/p>\n<p>A pr\u00e9sent, et toujours \u00e0 propos d\u2019enfant, je vous invite \u00e0 demander \u00e0 celui qui vit en vous, d\u2019aller jouer un moment ailleurs, et de nous laisser entre adultes.<br \/>\n(Le b\u00e9b\u00e9, en nous, est important, sans doute, mais nous ne devons pas, non plus, lui c\u00e9der toute la place !)<br \/>\nNous voici, cette fois dans la position du soignant.<br \/>\nSoignant du corps, des pens\u00e9es ou de l\u2019\u00e2me, peu importe notre place, puisque nous avons le m\u00eame souci de la vie (physique, psychique ou morale) de notre prochain.<br \/>\nEt la question se pose de savoir comment lui venir en aide, sans lui nuire (voir le serment d\u2019Hippocrate !)<br \/>\nNotre place n\u2019est pas celle d\u2019un familier.<br \/>\nBien s\u00fbr, nous en prendrons une dans la relation avec celui qui souffre, mais nous n\u2019exigerons rien en \u00e9change, aucune reconnaissance. Le professionnel du soin peut demander un salaire, de l\u2019argent ; de cette fa\u00e7on, les voil\u00e0 \u00ab <em>quittes \u00bb <\/em>et le patient ne se trouvera pas en dette.<br \/>\nMais, le plus important, c\u2019est que nous avons la responsabilit\u00e9 de dispenser un soin.<br \/>\nSi quelqu\u2019un arrive aux Urgences de l\u2019H\u00f4pital avec une main \u00e0 demi arrach\u00e9e, le m\u00e9decin urgentiste ne va pas le prendre dans ses bras, le consoler, lui dire qu\u2019il a, dans aucun doute, horriblement mal \u2026 et que, en plus, il doit avoir peur de perdre sa main, main droite qui plus est \u2026 lui qui est certainement droitier \u2026<br \/>\nEh bien voil\u00e0, m\u00eame lorsque nous ressentons de la compassion pour notre patient, il me semble que nous avons la responsabilit\u00e9 de rester \u00e0 notre place de soignant. Ceci n\u2019interdit nullement d\u2019offrir un regard, un sourire, de poser une main sur une main, sur une \u00e9paule.<br \/>\nIl nous faut juste nous montrer attentifs \u00e0 ne pas exprimer ces marques d\u2019attention pour notre seul plaisir, dans le but de \u00ab faire bien \u00bb, mais seulement parce que nous ressentons que c\u2019est cela dont celui-l\u00e0 a besoin, \u00e0 ce moment-l\u00e0.<br \/>\nJe me rappelle de ces moments si douloureux pour nous tous, lorsqu\u2019un b\u00e9b\u00e9 venait \u00e0 mourir dans le Service. Certaines fois, une infirmi\u00e8re venait me trouver <em>: \u00ab Tu sais, je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 professionnelle ; j\u2019ai pleur\u00e9, et la maman a vu mes yeux rougis \u00bb. <\/em><br \/>\nOr, chaque fois, par la suite, les parents me disaient : <em>\u00ab Il y avait une infirmi\u00e8re qui avait pleur\u00e9. C\u2019est \u00e0 ce moment que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait pas un cauchemar, mais bien la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb <\/em><br \/>\nNous pouvons prendre part \u00e0 la peine de l\u2019autre, mais, si nous cherchions \u00e0 l\u2019en soulager, je crois bien que nous l\u2019en amputerions. Il ne lui resterait plus rien, alors.<\/p>\n<p><strong><em>La Souffrance. <\/em><\/strong><\/p>\n<p>La voil\u00e0 donc cette souffrance. Et, ne me dites pas qu\u2019elle est belle, bonne ou utile.<br \/>\nNon ! Rien ! Un mal de dents (un mal \u00ab dedans \u00bb ?), une migraine, un cor au pied et voil\u00e0 que nous sommes isol\u00e9s. Loin de tous. Noy\u00e9s sous la rage de dents, sous le lumbago.<br \/>\nNoy\u00e9s \u2026 et inaccessibles aux secours qui voudraient s\u2019organiser. \u00ab <em>Laissez-moi ! \u00bb, \u00ab Ne me touchez pas ! \u00bb <\/em><br \/>\nQu\u2019on ne vienne pas me dire qu\u2019on conna\u00eet, qu\u2019on a connu : \u00e7a ne changera rien \u00e0 ma douleur.<br \/>\nCelui qui souffre est seul au monde ; seul avec sa douleur \u2026 au point qu\u2019elle devient parfois sa seule richesse.<br \/>\nNous sommes loin de r\u00e9agir tous de la m\u00eame fa\u00e7on, face \u00e0 une souffrance physique ou morale.<br \/>\nCertains vont avoir besoin de diluer ce qui les fait souffrir en lan\u00e7ant leur plainte aux quatre vents et \u00e0 tout un chacun.<br \/>\nD\u2019autres vont s\u2019enfermer avec leur chagrin \u2026 et nous entendons bien alors, que nous ne sommes pas dignes de partager ce qui les fait souffrir !<br \/>\nA la mort d\u2019un \u00eatre cher, ce qui nous reste de lui, d\u2019abord, c\u2019est notre peine : nous avons mal \u00ab <em>\u00e0 l\u2019absence de l\u2019\u00eatre aim\u00e9 \u00bb<\/em>.<br \/>\nDu coup, elle n\u2019est pas facile \u00e0 cr\u00e9er cette place de celui qui voudrait se montrer attentif \u00e0 la personne en souffrance !<br \/>\nComment venir <em>\u00ab pr\u00e8s \u00bb <\/em>(\u00ab <em>pr\u00e9venant \u00bb : <\/em>celui qui vient \u00ab <em>aupr\u00e8s de \u00bb <\/em>cet autre qui souffre), sans \u00eatre intrusif ?<br \/>\nComment aurions-nous la pr\u00e9tention de nous vouloir d\u00e9tenteur, ou d\u00e9positaire, d\u2019une souffrance qui ne nous appartient pas ?<br \/>\nQue doit-on dire ? Ne pas dire ? O\u00f9 trouver les mots ? Et faut-il n\u00e9cessairement en trouver ?<br \/>\n\u00c9sope nous l\u2019a rappel\u00e9 : la langue peut \u00eatre la meilleure ou la pire des choses !<\/p>\n<p>Et si, une fois encore, il s\u2019agissait avant tout de se mettre en creux ? Etre comme ce ventre maternel fait pour accueillir et laisser grandir ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 en lui ?<br \/>\nJe crois que c\u2019est la fa\u00e7on particuli\u00e8re que nous aurons, les uns et les autres, de nous rendre accueillants, qui va permettre \u00e0 celui qui est en souffrance, de venir porter, puis pr\u00e9senter et enfin offrir (Souvenez-vous : <em>\u00ab Sufferire \u00bb <\/em>!) l\u2019objet de sa douleur.<br \/>\nAlors, (et c\u2019est ce que nous exp\u00e9rimentons au fil des th\u00e9rapies), celui qui d\u00e9pose sa souffrance dans notre giron, pourra la voir, avec ce recul qui permettront \u00e0 ses paroles de na\u00eetre, puis de devenir un r\u00e9cit. Et, si le r\u00e9cit parvient \u00e0 nous relier, nous entrerons dans le temps du dialogue.<br \/>\nD\u2019 \u00ab <em>innommable \u00bb<\/em>, la souffrance sera devenue <em>\u00ab nommable \u00bb<\/em>.<br \/>\nLes mots partag\u00e9s pour la d\u00e9crire vont lui permettre d\u2019\u00eatre \u00ab <em>reconnue \u00bb<\/em>, reconnue, comme l\u2019est un l\u2019enfant \u00e0 l\u2019Etat civil.<br \/>\nLa souffrance restera. Il n\u2019est pas question d\u2019en priver qui que ce soit. Mais, partag\u00e9e, elle peut trouver une place dans nos pens\u00e9es, dans notre vie.<\/p>\n<p>La souffrance n\u2019est jamais souhaitable, jamais utile. Toutefois, il arrive qu\u2019\u00e0 son d\u00e9cours, notre vie bascule vers quelque chose que nous n\u2019avions pas imagin\u00e9.<br \/>\nEt si c\u2019\u00e9tait cela le \u00ab <em>sens \u00bb <\/em>que peut nous apporter la souffrance ?<br \/>\nDonner un sens nouveau, une orientation nouvelle \u00e0 notre vie ?<br \/>\nRien ne sera jamais plus comme \u00ab <em>avant <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>La place de celui qui vient au devant de cette personne en souffrance, est une place de renoncements.<br \/>\nCelui-l\u00e0, doit accepter de ne pas savoir \u2026 et pourtant se retenir de questionner. Il doit se contenter de la place qui lui est assign\u00e9e, m\u00eame (et surtout !) si c\u2019est une place <em>\u00ab de rien \u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>A son \u00e9gal, celui qui souffre, ne trouve assur\u00e9ment plus aucune place qui lui convienne !<br \/>\nAlors, merci \u00e0 lui, si nous accueillons en nous cette part de son d\u00e9sespoir, sa certitude que la vie ne vaut plus rien.<br \/>\nLoin de l\u2019aider \u00e0 changer d\u2019avis, nos questions, nos conseils risqueraient seulement de le faire taire.<\/p>\n<p>Alors ? Que pouvons-nous donc \u00ab faire \u00bb ?<\/p>\n<p>Pas grand chose, ma foi, si ce n\u2019est \u00ab \u00eatre l\u00e0 \u00bb.<br \/>\nAccompagner de notre pr\u00e9sence, de notre attention et, peut-\u00eatre de quelques mots, s\u2019ils font partie de notre \u00ab talent \u00bb<br \/>\nSeul notre accueil respectueux et bienveillant de ce que vit cet \u00ab Autre \u00bb, pourra l\u2019aider \u00e0 reprendre sa marche, ou \u00e0 l\u2019interrompre. Cela adviendra ; peut \u00eatre. Peut-\u00eatre un jour ; son jour \u2026<br \/>\nC\u2019est son chemin \u00e0 lui. A lui seul.<br \/>\nDe cela, essayons de ne pas le priver !<\/p>\n<p>Un mot encore, avant que nous nous quittions.<br \/>\nMon infinie gratitude \u00e0 tous ceux, patients, proches et professionnels qui ont sem\u00e9 mon parcours de petits cailloux blancs, mes solides rep\u00e8res.<br \/>\nMerci \u00e0 Wilfried Bion dont je voudrais encore partager avec vous cet enseignement essentiel :<br \/>\nQue chaque rencontre soit comme si elle devait \u00eatre unique.<br \/>\nFaire \u00ab <em>Tabula rasa \u00bb <\/em>de tout ce que nous savons, croyons.<br \/>\nFace \u00e0 l\u2019autre, sachons, nous montrer :<\/p>\n<ul>\n<li>Sans M\u00e9moire (mais pas sans souvenir).<\/li>\n<li>Sans Jugement (mais pas sans jugeote)<\/li>\n<li>Sans d\u00e9sir (pour laisser advenir le sien)<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dimanche 11 f\u00e9vrier 2018 Annick Simon (Psychologue) Pour une Session de Bio\u00e9thique \u00ab Nouer, pour d\u00e9nouer \u00bb Autrement dit : quelle relation nouer avec celui dont je m\u2019approche ? 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